Du bout du lac

Pauvre Henri, qui devra se choisir lui-même comme nom d’ouragan

Dans le mauvais feuilleton mettant en scène «Harvey» et autre «Irma», il en est un à qui personne ne pense: un fonctionnaire du Conseil régional IV de l’Organisation météorologique mondiale

Après Harvey et son massacre texan, c’est Irma la très mal nommée qui fait d’effroyables siennes dans les mers chaudes. Puis viendront José, Katia, Lee, Maria et les autres, si tout va mal. Les séquences se suivent et se ressemblent: un cyclone gonfle au large, il reçoit un prénom si les vents atteignent 118 km/h et devient officiellement un «ouragan» s’il a le mauvais goût de sévir dans l’Atlantique Nord. En prenant du muscle, il grimpe sur l’échelle de Saffir-Simpson et, s’il atteint le niveau 5, tous aux abris, il y aura des morts. C’est aussi terriblement simple que cela, paix à leur âme.

Une minute de compassion

Dans ce mauvais feuilleton, il en est un à qui personne ne pense. Il mérite pourtant une minute de compassion, tant sa tâche est ingrate. Je parle d’un fonctionnaire du Conseil régional IV de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Celui qui a le sinistre privilège de baptiser les ouragans, en piochant mécaniquement des prénoms dans un tournus préétabli de six listes alphabétiques. Ce fonctionnaire, qui vous regarde peut-être penduler le matin (son bureau est forcément niché quelque part dans le rutilant QG genevois de l’OMM), nous l’appellerons Henri. Il a droit à un prénom, lui aussi.

Quand je vous dis que la tâche d’Henri est ingrate, je suis en dessous de la vérité. Elle est hautement périlleuse, même si les auteurs des six listes lui ont évité quelques gros dérapages en limitant sa marge de manœuvre. Parmi les 126 blazes à sa disposition, pas de prénom musulman, par exemple. Vous ne verrez jamais l’ouragan Mohamed pulvériser la Maison-Blanche, ce qui n’est pas plus mal pour la paix des ménages par les temps qui courent.

Dans 88 ouragans, il y aura «Odette»

Il n’y aura d’ailleurs pas d’autre Katrina non plus: quand un ouragan a poussé le bouchon un peu loin, son prénom est rayé de la liste. Officiellement par respect pour les victimes. En réalité pour épargner celles et ceux qui se sont suffisamment fait chambrer: depuis 2005, il ne doit pas être évident tous les jours de s’appeler Katrina quand on vit à La Nouvelle-Orléans. Alors imaginez que ça recommence… (J’en profite pour saluer mes amis José et Katia, qui vont passer un sale week-end.)

Dans 88 ouragans exactement, Henri sera par contre bien obligé de choisir Odette. Allez savoir pourquoi, elle est dans la liste. Si d’aventure Odette s’avérait féroce, Kevin sera dans de beaux draps. Allez convaincre un solide Caribéen de se barricader chez lui parce qu’Odette frappe à la porte…

Henri aura le même problème avec Claudette. Mais son cauchemar se réalisera en 2021, entre Grace et Ida: Henri devra se choisir lui-même. Et là, toutes les Katrina du monde tiendront enfin leur revanche.


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