Revue de presse

«Pauvre Madame Polanski...» Le 9 août 1969, Sharon Tate est assassinée

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, le fait divers qui avait défrayé la chronique il y a quarante-huit ans

Un groupe de hippies, fasciné par un mage de 34 ans du nom de Charles Manson, assassine il y a quarante-huit ans de cela, dans une villa du quartier de Bel-Air à Los Angeles, l’actrice Sharon Tate et quatre de ses amis. Avant que la police puisse identifier les coupables, il lui faudra de longs mois d’enquête.

Mais sur le moment, la Gazette de Lausanne du 11 août 1969 précise que c’est bien elle, la femme de Roman Polanski, 26 ans et enceinte de huit mois, qui figure parmi les victimes qui «baignaient dans le sang». Qu’il régnait aussi, «partout dans la maison, un désordre épouvantable et, quoique la police n’ait pas encore voulu se prononcer sur la façon dont les meurtres ont été accomplis, il semble que les victimes aient tenté de se défendre avec toute leur énergie». «Pauvre Madame Polanski/D’un seul coup on t’a pris deux vies/Mais qui donc s’en souvient ici?» «So far away from L.A.», chantera alors Nicolas Peyrac six ans plus tard:

Quand le drame se produit, il frappe par son horreur: Sharon Tate a été trouvée en chemise de nuit dans le jardin, le cou entouré d’une corde, le corps lardé de coups de couteau et attaché au cadavre d’un de ses invités. De plus, écrit encore la Gazette, les «visages crispés» des victimes «semblaient indiquer les affres par lesquelles elles étaient passées. […] Le meurtrier avait poussé le sens du macabre jusqu’à inscrire en lettres de sang sur la porte d’entrée: «Pigs» (cochons).»

Mais le fait divers est aussi interprété, à l’époque, comme «une tragique coïncidence», puisqu’il touche l’épouse et l’interprète d’un cinéaste dont les films sont souvent imprégnés d’une atmosphère de vampirique, de sorcellerie, de magie, d’angoisse et/ou d’épouvante. «Toujours à la limite de la folie», écrit la Gazette, avec des personnages «pris dans des situations où le cauchemar se mêle à la réalité».

A-t-on eu affaire à une sorte de crime rituel? A la vengeance exercée au hasard par des envieux contre des privilégiés menant une existence luxueuse à Hollywood? Au cours d’une première comparution, dès le 15 juin 1970, Manson exige d’assumer sa défense lui-même et d’être appelé «Jésus-Satan», lui qui a chargé ses ouailles de «réaliser le crime parfait», comme l’explique le Journal de Genève du 12 août 1969. L’horrible bonhomme n’avait pas commis lui-même les crimes, mais en avait été reconnu comme le commanditaire. Il a été condamné à la peine de mort, commuée en une peine de prison à vie.


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