Est-ce de la lâcheté ou un aveu d’impuissance? Acculé par une opposition déterminée qui lui a fait perdre les villes de l’est du pays, le colonel Kadhafi a déjà envoyé ses forces aériennes bombarder sa propre population. Après un discours qui n’aura rassuré personne sur son état de santé mental, il paraît prêt à mener jusqu’au bout la politique du pire.

L’Union européenne se dit certes prête à décréter un embargo sur les armes ou à surveiller les mouvements financiers du pouvoir libyen. Washington également. Quant au Conseil de sécurité de l’ONU, il s’est contenté de délivrer une déclaration politique. Mais ces mesures ne sont pas de nature à empêcher un bain de sang aux portes de l’Europe.

Les réticences à imposer la paix à l’imprévisible Mouammar Kadhafi relèvent d’intérêts économiques qu’Européens, Américains, Turcs ou Chinois ont auprès de cette dictature pétrolière. Après avoir fermé les yeux sur le pouvoir tyrannique du dirigeant libyen, qui, en 2003, renonce à développer des armes de destruction massive et accepte de collaborer dans la lutte antiterroriste avec les Etats-Unis, les Occidentaux paient aujourd’hui le prix fort d’avoir laissé Kadhafi faire ce qu’il voulait. Les compromissions avec le régime libyen les poussent aujourd’hui à agiter le spectre d’une immigration massive dans des «proportions bibliques», mais en aucun cas à imaginer un droit d’ingérence. Le concept, on l’a vu au Kosovo, est trop sensible. Ces réserves participent aussi de la peur de savoir que Kadhafi dispose d’une capacité de nuisance considérable. En usant du robinet du pétrole, il a le pouvoir de saper en partie la reprise économique mondiale.

L’urgence a pourtant un visage humain. Des milliers de vies sont en jeu. Pour ce qui est de la prévention, l’ONU semble désarmée. Politiquement, une mission d’imposition de la paix en plein printemps arabe paraît invendable. Et il y a le souvenir: en 1993, l’opération d’imposition de la paix en Somalie s’était soldée par un cuisant échec. Un massacre observé, impuissant, pèserait toutefois lourd sur les consciences.