Face aux tensions avec la Russie concernant l'Ukraine, les pays occidentaux cherchent à privilégier une solution diplomatique, malgré les menaces de sanctions économiques et quelques gestes militaires. Mais chacun a son opinion sur la solution à apporter au conflit, des disparités illustrées dans les titres de presse.

Des Européens inconstants

Le refus de l’Allemagne de livrer des armes à l’Ukraine et d’apporter un soutien militaire est fustigé dans le Kyiv Post. Le site ukrainien anglophone, connu pour avoir une ligne pro-occidentale, publie une opinion signée Iuliia Mendel, ancienne conseillère et attachée de presse de la présidence ukrainienne, très critique des positions allemande et française. L’autrice pointe du doigt les relations de la France avec la Russie qui se font au détriment des liens avec l’Ukraine, ainsi que la méconnaissance du conflit au Donbass et l’attitude allemande concernant le gazoduc Nord Stream 2. Mais pour Iuliia Mendel, que l’Allemagne et la France choisissent de négocier avec la Russie est aussi un échec des politiques ukrainiens qui se sont trop placés dans une position victimaire et n’ont pas su nouer des liens suffisamment forts avec les deux acteurs majeurs de l’Union européenne.

L’incapacité des pays européens à adopter une posture commune est aussi soulignée par le quotidien français Libération et le Financial Times. Malgré la menace que ferait peser sur l’Europe une attaque russe en Ukraine, les pays européens sont accaparés par des problèmes de politique interne, pointe le quotidien britannique, qui souligne aussi les manœuvres de la France pour prendre la tête d’une solution européenne. A l’inverse, le quotidien français questionne le retrait des représentations diplomatiques américaine et britannique d’Ukraine sans concertation avec leurs alliés européens.

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Une solution diplomatique à tout prix

En Allemagne, pour l’hebdomadaire Die Zeit, la solution pour régler la crise politique doit passer par une solution diplomatique, une guerre aurait un coût humain et économique bien trop élevé estime Theo Sommer, ancien rédacteur en chef du titre. Si l’hypothèse d’une offensive armée est plausible, ce dernier estime qu’elle est peu probable du fait du nombre d’hommes dont dispose l’armée ukrainienne. A condition que dans un camp comme dans l’autre, les partisans des solutions les plus belliqueuses n’aient pas le champ libre.

Selon la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’attitude russe renforce ce contre quoi elle prétend se défendre. En déployant 100 000 soldats à proximité de l’Ukraine, elle a provoqué un renforcement militaire de l’OTAN vers l’est. Mais, pour le quotidien allemand, la réaction militaire devrait s’arrêter là et l’Ukraine ne peut pas espérer plus que des pressions économiques et politiques de la part des Européens. «Aucun pays occidental n’est prêt à se battre pour l’Ukraine», estime le média qui souligne que les 8 500 militaires américains ne pèsent pas grand-chose face aux forces russes déployées.

Donner à la Russie ce qu’elle demande

Un chroniqueur du Guardian va encore plus loin dans la realpolitik en préconisant une solution à rebours des positions occidentales: donner à Vladimir Poutine ce qu’il demande. Simon Jenkins estime aussi qu’aucun pays occidental ne veut le conflit et que la Russie ne pense pas sérieusement que ces derniers veuillent l’attaquer par le biais de l’Ukraine. La solution serait de reprendre les accords de Minsk II signés en 2015, de reconnaître l’indépendance du Donbass et de donner l’assurance que l’Ukraine ne sera pas intégrée à l’OTAN. «La Grande-Bretagne n’a aucune obligation de défendre l’Ukraine», souligne-t-il, pointant également du doigt la décision, jugée ridicule, du gouvernement britannique de montrer les muscles en mer de Chine. Pour l’auteur, c'est l’attitude des pays occidentaux vis-à-vis de la Russie ces dernières décennies qui a provoqué la réaction de Vladimir Poutine.

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Comment se retirer d’Ukraine?

Du côté des Etats-Unis, le New York Times se demande déjà comment se retirer dignement du terrain ukrainien alors que le gouvernement a annoncé la mise en alerte de 8500 soldats. Outre le traumatisme du retrait précipité en Afghanistan il y a quelques mois, la puissance militaire américaine doit se porter en mer de Chine et de l’océan Pacifique. Si le titre reconnaît que trouver une solution diplomatique stable avec Vladimir Poutine est difficile, il critique aussi un attachement dépassé à ce que l’OTAN a pu représenter après la guerre froide et à l’idée que l’Occident peut dicter au monde des frontières selon ses seuls intérêts. Il faut accepter l'idée d'exclure l'adhésion de l'Ukraine à l'organisation, estime le titre américain, et reconnaître qu'un déploiement de troupes sur le sol ukrainien est impossible. 

Que va devenir l’économie ukrainienne?

Face à l’éventualité d’un nouveau conflit avec la Russie, en Ukraine on s'inquiète aussi des conséquences économiques. La Komsomolskaya Pravda in Ukraine se penche avec l’aide de plusieurs économistes sur les conséquences des différents scénarios envisagés sur l’économie ukrainienne. Le quotidien ukrainien russophone s’inquiète notamment des évolutions du cours de la hryvnia, qui fluctue au fur et à mesure des annonces des retraits d’ambassadeurs ou des espoirs de solution diplomatique.

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Les experts cités par le journal pointent aussi du doigt la dépendance énergétique de l’Ukraine en plein hiver. La Russie pourrait couper l’approvisionnement en énergie et il serait difficile pour l’Ukraine, qui dispose de peu de réserves, de s’en procurer en Europe où la demande est forte aussi. Avant l’éventualité d’une attaque contre l’ensemble du territoire, la KP souligne aussi le risque de blocage ciblé des ports ukrainien ou de cyberattaques contre des infrastructures majeures. Mais la situation n’est pas que défavorable pour l’Ukraine, le rouble aussi connaît une dévaluation face au risque de sanctions contre la Russie, rappellent les économistes interrogés.

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