Le divorce est brutal. Menaces de mort, intimidations, injures sur les réseaux sociaux, remorque agricole incendiée, affiches pour le oui ou le non systématiquement arrachées: l’agressivité de la campagne autour des deux initiatives contre les pesticides révèle avec violence l’incompréhension entre deux mondes, celui de la paysannerie, toujours plus restreint, et celui des jeunes urbains, saisis par l’urgence écologique. On s’invective, mais qui cherche encore à se comprendre? Cette campagne marque brutalement la fin d’un mythe, celui du «bon paysan», pilier et sauveur de la nation, du Bauernstaat. Celui des valeurs et traditions utilisées depuis plus d’un siècle par les politiques, et encore aujourd’hui, pour construire une identité nationale. Cette campagne scelle aussi la disparition de la société rurale, une forme de vie sociale, avec sa propre culture et sa profonde empreinte sur nos institutions.