Editorial

Les paysans soignent leur capital sympathie

L’Union suisse des paysans a lancé une initiative dans l’air du temps. En demandant que la Confédération renforce la production de denrées de proximité et de qualité et lutte contre la perte de terres cultivées, elle va dans le sens de consommateurs toujours plus avertis et de citoyens soucieux de préserver les campagnes. Et elle soigne son capital sympathie.

Car, si les agriculteurs n’étaient pas satisfaits de la politique actuelle qui met davantage l’accent sur les prestations écologiques, s’ils voulaient lutter contre ce qu’ils qualifient de dérives, ils auraient pu lancer un référendum contre la politique agricole 2014-2017, mise sous toit l’an dernier. Ils ne l’ont pas fait, préférant éviter un débat qui aurait mis en évidence les subventions de près de 3 milliards de francs perçues chaque année pour produire des denrées fort coûteuses en comparaison avec les pays européens.

L’Union suisse des paysans ne voulait pas endosser ce rôle de «Neinsager» bourru, campant sur ses acquis. A la place, elle a rédigé une initiative résolument positive, étudiée à la virgule près pour éviter une déconfiture et rassembler tout le troupeau derrière, dont les agriculteurs UDC. Lors de son lancement, en février, elle offrait sur la place Fédérale de la tresse, du lard, du fromage. En avril, les 100 000 paraphes étaient récoltés, mais l’exercice a été prolongé, ce qui a permis de réunir près de 150 000 signatures, déposées mardi à la Chancellerie. En cortège et avec distribution de cerises. L’USP a ainsi pu montrer la capacité de mobilisation de l’agriculture et apporter la preuve, à ce stade déjà, qu’elle a un fort soutien populaire. Question atmosphère, on est loin de la grève du lait, des tracteurs sur l’autoroute ou encore du lancer de bottes subi par la conseillère fédérale Doris Leuthard lorsqu’elle était ministre de l’Economie.

Ces prochains mois, le débat va encore s’enrichir de deux autres initiatives agricoles, celle des Verts pour des aliments équitables et celle d’Uniterre sur la souveraineté alimentaire. Une initiative, quelle qu’elle soit, ne fait pas encore le printemps à l’heure de la globalisation et du libre-échange, surtout celle de l’USP, aux exigences bien calculées. Mais le signal est donné: davantage de libéralisme passera très mal .

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