Revue de presse

La peau mate de Miss Algérie 2019 au centre d’une polémique

Pour la première fois, celle qui a été élue plus belle femme d’Algérie a la peau foncée. Une diversité qui ne passe pas toujours très bien

C’était un signe de retour à la normale après les années de plomb: l’Algérie a réinstallé un concours de Miss en 2013. Les appels à candidature passent par Facebook, la page officielle de la compétition compte presque 60 000 abonnés. Les votes se font par SMS. Et comme tous les concours de ce genre, il est à chaque fois commenté avec plus ou moins de bon goût et de finesse par les internautes.

Elue samedi soir parmi 16 candidates dont la plupart avaient la peau claire et les cheveux lisses, et dont deux étaient voilées, Khadidja Benhamou est grande, elle a les cheveux noirs et bouclés, et la peau mate des Algériens du sud du pays – c’est la première fois qu’est choisie une candidate de cette région. «Elle est superbe. Elle au moins n’a ni botox ni extensions ni kératine ni lentilles», se réjouit Naïma Abbes sur Facebook. Mais son élection a déclenché une avalanche de commentaires désobligeants. «L’organisation de MISS ALGÉRIE déplore le comportement et les commentaires racistes de plusieurs personnes suite à des publications de photos dévalorisantes et retouchées», a dû vite préciser l’organisation sur sa page. Et de publier deux photos de la Miss avec sa couronne, magnifique.

«C’est le fait de refaire des photos avec un éclairage maximisé et un maquillage qui fait en sorte qu’elle soit plus claire qui est raciste!!!! Même ses traits du visage ont été affinés avec du contouring! C’est lamentable! Les Algériens ont vraiment un complexe, vous idolâtrez la peau blanche comme étant un signe de beauté ultime! Vive les brunes au teint mat! ❤️» dénonce Sabrina Ben. «Elle est lynchée toute la journée à cause de sa peau noire. Un racisme qui en dit long sur une partie des Algériens en général qui demeurent dans le déni d’appartenir à un continent qui s’appelle l’Afrique», commente Fonfon Ghil, toujours sur la page Facebook du concours.

«N’importe quoi, je n’ai vu aucun commentaire raciste, si beaucoup ne la trouvent pas jolie, ne le couvrez pas avec le racisme», répond Mounia Dreyfus.

Il est vrai que, en français en tout cas, on trouve très peu de commentaires ouvertement racistes, mais énormément critiquant les traits, la démarche ou la façon de parler de la lauréate. «Ça n’a rien à voir avec du racisme. C’est juste qu’il y avait des candidates beaucoup, beaucoup plus belles!!!! Je ne comprends pas le choix du jury!…» se plaint Ani Ssa. «C’est pas sa couleur de peau qui a fait le buzz mais y avait plus belles et en plus qui parlaient 1000 fois mieux qu’elle et ne parlons même pas de son comportement et gestuel», lui répond Amina Moun.) «JAMAIS SATISFAIT à chaque concours! C’était pareil même pour une miss qui était blanche tout le monde la critiquait», rétorque Loui Sa.

Le sujet est sensible, dans un pays où un hashtag «Non aux Africains en Algérie» avait été très partagé en 2017 sur les réseaux sociaux. «J’ai été déçue, mais pas tout à fait surprise en voyant les commentaires négatifs et insultants sur les réseaux sociaux», dénonce une chroniqueuse du Matin d’Algérie. «Miss Algérie soulève le couvercle du racisme», écrit dans son éditorial le site francophone algérien TSA. «Le concours de cette année aura révélé dans son horreur un monstre qui enlaidit la société algérienne, aux cris duquel les réseaux sociaux ont donné une résonance planétaire. Malheur: le jury a distingué une fille à la peau un peu plus pigmentée que la moyenne nationale, venant du plus profond de l’Algérie. Khadidja Benhamou est d’Adrar, cette ville dont la seule consonance revendique son appartenance à l’histoire multimillénaire de l’Algérie et à son enracinement africain […]. L’indignation ne suffira pas. Ces comportements doivent trouver une réponse des pouvoirs publics qui nous renvoient sans cesse à l’identité nationale. L’Algérie est diverse. Mais cette diversité n’est pas incarnée dans la représentation politique, dans les médias et dans la production audiovisuelle. Même les pays occidentaux ont fait des efforts pour intégrer une diversité issue de l’immigration. Que l’on ait donc plus de ministres, plus de députés, plus de présentateurs de couleur sur les écrans des chaînes de télévision.»

Une vague de solidarité en tout cas a répondu à celle des critiques. Sur Instagram, une quarantaine de comptes ont été créés en hommage à la jeune fille, et sur Twitter comme sur Facebook la riposte est lancée.

Enfin, sachez que les Etats-Unis ont exprimé hier leur «inquiétude» sur le déroulement de l’élection de Miss Algérie, remportée par Miss Adrar, et ont demandé au jury de «répondre aux accusations d’irrégularités». C’est ce qu’on peut lire sur le site parodique El Manchar, le Gorafi algérien. «Même si nous notons avec satisfaction le progrès fait par l’Algérie en matière de démocratie. Toutes les élections depuis 1999 ont été remportées par Abdelaziz Bouteflika, ça change!!»

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