Editorial

Les Etats-Unis victimes de leur orgueil

Les Etats-Unis ne savent plus comment se sortir du bourbier afghan. Si le gros de leurs troupes s’en sera retiré à la fin de l’année, le contingent qu’ils s’apprêtent à laisser sur place vient de voir sa mission renforcée. Ces quelque 10 000 hommes devaient poursuivre les derniers militants d’Al-Qaida et conseiller l’armée locale. Ils auront finalement pour tâche supplémentaire de continuer à combattre la guérilla des talibans. L’Etat afghan mis en place il y a 13 ans par Washington est encore beaucoup trop faible pour tenir le choc.

Quelle désillusion! Au lendemain des attentats du 11-Septembre, rien ne semblait pouvoir arrêter le rouleau compresseur américain. Les Etats-Unis, placés en position de légitime défense, avaient alors reçu la bénédiction de l’ONU pour entrer en guerre et en avaient profité pour former autour d’eux une large coalition. Ils avaient parallèlement trouvé sur place de nombreux alliés, ravis d’avoir enfin l’occasion de se débarrasser d’un régime liberticide. En quelques semaines, le pays était occupé et la milice islamiste défaite.

Que s’est-il donc passé depuis? Les Etats-Unis ont voulu trop en faire. Non contents de neutraliser Al-Qaida qui les avait attaqués, ils se sont mis en tête d’éradiquer pour toujours le mouvement des talibans, qui s’en était rendu complice. Or, c’est une chose de gagner des batailles et une autre de remporter une guerre. Contrairement aux partisans d’Oussama ben Laden, les talibans étaient solidement implantés sur la scène afghane et bénéficiaient du soutien des services secrets pakistanais. A l’heure de la victoire, l’administration américaine aurait été avisée de tendre la main à son ennemi. Elle ne l’a pas fait. Et son ennemi s’est ressaisi.

Cette faute en rappelle une autre: celle que les Etats-Unis ont commise en Irak, quand, après avoir abattu Saddam Hussein, ils ont voulu créer un nouvel Etat à leur botte, sans rien conserver du régime défunt. Dans un cas comme dans l’autre, ils ont sous-estimé leurs limites. Jouets d’un égarement fatal et vieux comme le monde qui a pour nom l’orgueil.

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