L'offre de 110 millions de dollars aux pêcheurs français pour compenser l'explosion du prix de gazole a suscité les convoitises. Des ports de pêche en Italie, en Espagne et au Portugal s'apprêtent eux aussi à faire grève ces prochains jours. Le mouvement sera sans doute suivi par les autres pêcheurs européens. En France, grâce à l'aide de l'Etat, le gazole ne coûtera que 40centimes le litre.

C'est une violation des règles de libre-échange. Cette compensation est synonyme de concurrence déloyale. Parce que les pêcheurs européens ne sont pas les seuls à être frappés par la hausse du gazole.

L'Union européenne pratique le même jeu dans le dossier agricole. Elle affirme que ses paysans sont des jardiniers de la nature et méritent un paiement direct pour assumer leur tâche. Elle devrait avoir l'audace de dire que ses pêcheurs sont les écumeurs de ses océans et méritent compensations en tant que tels.

Mais force est de constater que Bruxelles s'engage dans une fuite en avant. Après avoir surexploité leurs propres eaux, les bateaux français, espagnols, portugais et italiens ont obtenu des droits de pêche dans des eaux lointaines pour une poignée d'euros. La raréfaction des ressources halieutiques mondiales aurait pourtant dû conduire à une réorganisation de son industrie de la pêche. Il y a une dizaine d'années, l'Espagne, le Portugal et l'Italie, avec le soutien des fonds communautaires, avaient réussi à recycler une partie de leurs pêcheurs dans d'autres activités.

Cette réforme n'était toutefois pas suffisante. Il y a deux ans, Bruxelles a présenté une révision de la politique commune de la pêche. Jugé irrecevable, ce projet dort encore dans les tiroirs.

Cette politique de l'autruche a malheureusement de nombreuses conséquences. Les consommateurs doivent payer le poisson de plus en plus cher. La Suisse est tout aussi concernée. Elle en consomme 50000tonnes par année, dont seulement 3000 proviennent de ses lacs. L'essentiel des importations est d'origine européenne.

Ajoutons enfin que la politique européenne se dessine par ceux qui descendent dans la rue. Dans ce cas précis, les pêcheurs français ont montré le (mauvais) exemple. Le plus grave, c'est qu'ils ont été soutenus par un ministre populiste, qui s'est mis totalement en porte à faux avec Bruxelles. Page25

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