Opinion

La pédophilie, un péché? «Je ne saurais le dire»

Avec ses subtilités théologiques inappropriées, l'évêque de Pontoise, Stanilas Lalanne, a choqué les victimes d'actes pédophiles et suscité une nouvelle polémique. Il s'est rétracté depuis

La «lanceuse d’alerte» est une vieille dame, auditrice de la radio catholique RCF. Mardi 5 avril au matin, elle entend Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise et responsable de la cellule de veille sur la pédophilie de l’épiscopat français, dire que la pédophilie est sans aucun doute un mal mais hésiter à la qualifier de «péché»: «Quand on parle de péché, il faut reconnaître le mal qui est accompli. Et il faut être capable de le combattre […] La pédophilie est un mal. Est-ce que c’est de l’ordre du péché? Ça, je ne saurais pas dire, c’est différent pour chaque personne»

Choquée, la vieille dame interpelle l’évêque à l’antenne et le force à s’expliquer. D’autres auditeurs la suivent, les réseaux sociaux s’emparent de l’affaire et le hashtag #EvequedePontoise devient un des mots-clés de la journée de mercredi. Dans la foulée, La Parole libérée, le collectif qui rassemble les victimes de Bernard Preynat, ce prêtre de la banlieue lyonnaise auquel il est reproché d’avoir abusé d’une soixantaine de scouts dans les années 80, dénonce les propos de l’évêque. «Après le fameux «Grâce à Dieu! Les faits sont prescrits» de Mgr Barbarin, les propos de Mgr Lalanne résonnent à nouveau de manière violente et dégradante pour les victimes d’actes pédophiles», estime l’association. C’est la consternation autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Eglise.

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Sur le fil Twitter, les messages ne sont pas tendres avec l’évêque, notamment sur cette phrase «je ne saurais pas dire». Si pour Stanislas Lalanne, elle fait écho au «Qui suis-je pour juger?» du pape François à propos de l’homosexualité, pour la plupart des Français, elle ne fait que perpétuer ce qui a a tellement été reproché à l’église catholique, sa passivité, ses louvoiements ou sa complaisance, face à un mal qui la ronge.

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L’Association Parole libérée parle, elle, de «maladresse et d’amateurisme» dans la communication de l’Eglise et lui reproche de n’avoir pas perçu «la référence morale qu’il se doit d’incarner». Mgr Lalanne n’en est pas à sa première maladresse médiatique. C’est lui qui disait en septembre dernier sur France Inter: «… parce que ce sont souvent les femmes qui portent les enfants».

L’affaire révèle surtout un décalage profond entre l’église et les Français sécularisés. Pendant que le responsable religieux se prête à des subtilités théologiques (un crime est-il un péché ou pas? les pédophiles sont-ils des malades qui n’ont pas conscience de ce qu’ils font ou des pervers conscients de transgresser la loi de Dieu?), la société civile attend de l’église une condamnation sans réserve. D’autant que sur d’autres thèmes moraux, elle est d’une clarté non négociable. Certains tweetos s’interrogent néanmoins sur la logique défendue par l’évêque: si certains pédophiles échappent à la notion de péché parce qu’ils n’ont pas conscience du mal qu’ils infligent, pourquoi alors cachent-ils leurs actes?

Au vu de la polémique suscitée par ses propos, Stanislas Lalanne a finalement admis, mercredi soir, qu’il s’agissait d’un «péché objectivement grave» et que «dans tous les cas, l’acte était gravement condamnable». Il a également demandé pardon à tous ceux qu’il a pu choquer.

Une polémique d’autant plus regrettable que le pape François s’est déclaré sans ambiguïté sur la question, condamnant clairement la pédophilie comme un «péché» et la qualifiant récemment de «monstruosité». Avant lui, Benoît XVI l’avait reconnu aussi, tout comme Jean Paul II: «Il est juste que la société le considère comme un crime. Mais c’est aussi un péché détestable aux yeux de Dieu».

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