«Les pendulaires deviendront-ils les «vaches à lait» des transports publics et de la route?» demande d’emblée Le Nouvelliste. Car qui ne connaît pas les trains bondés ou les bouchons sur les routes helvétiques? A l’avenir, dit le Conseil fédéral, les Suisses devraient dépenser plus s’ils prennent la voiture ou le train aux heures de pointe. A l’issue d’une consultation sur une taxation de la mobilité, il a ainsi donné jeudi 30 juin son feu vert à l’étude de projets pilotes. Car malgré les milliards investis dans le développement des infrastructures, les problèmes vont persister et même empirer, la mobilité ne cessant d’augmenter, prévient la ministre des Transports, Doris Leuthard.

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Le parlement en discutera cette année encore. Mais surtout, «il faudra ensuite définir un cadre légal pour la mise en place» de ces projets pilotes dans les régions. Et «rassurer», c’est le maître mot. Car «Pro Rail, l’association des utilisateurs des transports publics, critique déjà un projet dont les pendulaires seront les grands perdants», commente 24 heures. La revue de presse radiophonique de RTS Info le relaie bien: «Doris Leuthard provoque la Suisse avec son projet de mobility pricing», titre la Berner Zeitung, qui énumère «les plus grands obstacles» et montre bien que le projet agace surtout les médias alémaniques, tout en faisant passablement jaser sur les réseaux sociaux:

«Personne ne pendule pour le plaisir»

Pour le Blick aussi, «il faut reconnaître que la situation ne peut plus durer», mais l’Argovienne, avec ce projet, «choque les pendulaires». Le quotidien zurichois y consacre ses deux premières pages, arguant du fait que «personne ne pendule pour le plaisir» et que le gouvernement ferait mieux d’aller frapper à la porte des employeurs: «Ce sont eux qui imposent les mêmes horaires à tout le monde.» De surcroît, les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique sur la pendularité ne sont pas là pour rassurer.

Le Tages-Anzeiger, de son côté, ne donne pas cher du projet, «tant il rencontre d’oppositions», avec une UDC qui qualifie les péages routiers de «médiévaux», quoiqu’un sociologue expert du trafic y dise que le mobility pricing a déjà «fait ses preuves dans plusieurs pays étrangers». Pour la Suisse, il confirme que «Doris Leuthard a indiqué un délai réaliste de quinze ans» pour mettre en place d’un tel système. Mais «le terrain est miné», renchérit la Neue Zürcher Zeitung.

La Tribune de Genève, elle, a interrogé Jürg Röthlisberger, le directeur de l’Office fédéral des routes, qui lui explique le concept. Et sur la question de la «punition» des pendulaires, il répond vouloir «pousser la clientèle à utiliser davantage ce qui coûte moins. […] La place dans les heures de pointe est un bien rare. Il est donc normal que voyager durant cette période soit plus cher que dans les heures creuses. Mais il existe des solutions pour que l’utilisateur ne soit pas perdant. Prenons par exemple la mobilité individuelle. Actuellement, on compte à peine plus d’une tête par voiture aux heures de pointe. Si vous faites le voyage avec moi en covoiturage, même si le prix double, nous paierons tous les deux la même chose qu’aujourd’hui.»

Sur ces «solutions», il y a une dizaine de jours, Le Courrier de Genève brossait un sombre tableau. Devant la réalité «néfaste à court terme et insoutenable à moyen terme» de pendulaires toujours plus nombreux sur des distances toujours plus longues, «les actuelles politiques publiques se sont montrées au mieux inopérantes. Faute d’harmoniser politique économique et aménagement du territoire, à force de voir les services publics uniquement comme un coût et non comme un formidable outil de décentralisation, les pouvoirs publics sont contraints de bricoler à vue. Obligeant les chômeurs à chercher du travail à l’autre bout de la Romandie, avant de les punir à coups d’abonnements généraux hors de prix. Multipliant les cadeaux fiscaux pour créer de l’emploi local, pour ensuite importer les travailleurs devenus nécessaires. Et vogue la galère!»

La galère des pendulaires, donc, on l’aura compris.