Sur les réseaux

#Penelopegate, l'inépuisable filon des humoristes

L’affaire des supposés emplois fictifs est en train de menacer la candidature de François Fillon, qui dénonce «un coup d’Etat institutionnel». Mais le feuilleton a aussi un formidable potentiel comique

On peut penser ce qu’on veut de l’affaire Fillon, se demander à qui profite le crime et dénoncer «un coup d’Etat institutionnel», mais on ne peut nier son potentiel comique. Pour les humoristes, c’est un matériau de première main. François Morel, souvent donneur de leçons, s’est dépassé lundi avec une chronique-sermon d’une mauvaise foi réjouissante, «Gloire à toi Penelope», tandis que Charline Vanhoenacker, s’identifiant à une militante de la Manif pour tous, volait au secours de Penelope en affirmant haut et fort qu’elle n’avait rien fait, enfin, si justement…

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La presse satirique aussi en profite. «Charlie Hebdo» retrouve sa virulence avec une couverture en forme de «Pif Gadget», un masque de Penelope Fillon à découper pour gagner 500 000 euros, alors que «Le Canard enchaîné» a trouvé le moyen de s’autofinancer pour longtemps: amuser ses lecteurs avec ses propres scoops. Sans compter évidemment les dessinateurs de presse, de droite comme de gauche, qui creusent le filon sans jamais l’épuiser.

Il faut dire que le #Fillongate ou le #Penelopegate offrent différents angles d’attaque: le personnage même, figure mythique qui défait la nuit ce qu’elle tissait le jour, ne laissant aucune trace de son effort; son silence qui l’apparente à un pur esprit, une sorte de Fantôme de l’Assemblée; le système de défense de François Fillon, qui explique qu’il ne peut pas avoir triché puisqu’il aime sa femme et dont les déclarations s’enflamment au fur et à mesure que grimpe la cagnotte; la garde rapprochée du candidat LR qui, tout en voulant défendre son candidat, le plombe à coups de lapsus et de contre-vérités; les adversaires de Fillon, d’ordinaire si prompts à hurler contre le système, qui se font discrets parce qu’ils n’ont pas envie de subir le même sort; les méprisés de son programme, ces fameux assistés qui rêveraient de devenir assistants, et qui réclament aujourd’hui non pas le revenu universel ou le SMIC, mais des emplois fictifs pour tous payés comme des emplois fictifs.

C’est à la fois une farce, un roman policier (à qui profite le crime?), une comédie humaine qui implique toutes les classes sociales, une telenovela dans l’art du rebondissement, un suspense haletant (que va-t-on apprendre aujourd’hui?), un «work in progress» interactif (les internautes ressortent une quantité d’archives) et un psychodrame national qui pourrait être une catastrophe pour la démocratie.

Ainsi, le couple a priori le moins drôle de la Ve République parvient même à réjouir les réseaux sociaux, tiraillés entre l’indignation – une pétition circule sur Change.org pour demander que soient rendus les 900 000 euros –, le soulagement enfantin de voir «les méchants» punis, la joie que soient enfin terminées des pratiques d’un autre âge. Le ton est plutôt ironique, comme celui de @davidperrotin: «Ok, on va se rendre compte que François Fillon est le 2e employeur de France après la SNCF.» Et les références multiples. Certains postent la scène où Pierre Richard s’enlise dans «La Chèvre», d’autres citent la comédie des revenants «Ghost», d’autres encore le jeu télévisé «La Famille en or».


Mais ce qui réjouit le plus les réseaux sociaux, c’est l’effet boomerang. Tout ce que François Fillon a pu tweeter ou dire en cours de meeting et qui tout à coup se retourne contre lui, mettant en lumière son double discours.
Deux tweets, en particulier, reviennent en boucle. Le premier sonne comme un parjure: «Il y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et reçoivent de l’argent public.» Le second comme une prophétie: «Je remettrai la #famille au cœur de toutes les politiques publiques.»

 

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