Dans le cadre des Digital Xchange, la Fondation Digitalswitzerland a organisé des groupes de discussion dans plusieurs lieux du pays afin de mieux comprendre les attentes des participants à propos des technologies numériques qui se mettent actuellement en place avec une vitesse et une omniprésence inégalées dans l’histoire de l’humanité.

Il ressort de ces discussions que, globalement, les mentalités évoluent et s’adaptent au nouvel environnement numérique. De nombreuses personnes ont un regard positif sur les nouvelles technologies numériques et les voient comme un outil qui a le potentiel de simplifier certains aspects de leur vie quotidienne et, plus généralement, de répondre à des problèmes sociétaux.

Cependant, des craintes profondes demeurent.

Autoévaluation des compétences nécessaire

D’une part, beaucoup se rendent compte que pour s’intégrer économiquement, socialement et culturellement, maîtriser les outils numériques devient une condition nécessaire et s’inquiètent du fait que la numérisation se transforme en un amplificateur d’inégalités socio-économiques préexistantes. Par exemple, dans le cadre professionnel, une autoévaluation de son niveau de compétence numérique – sur le modèle des langues étrangères – est souhaitable. Elle permettrait, premièrement, de standardiser les connaissances requises afin de passer au niveau supérieur, et, deuxièmement, d’identifier les besoins en formation afin de se sentir à l’aise dans la pratique quotidienne de son activité.

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Sur ce point, si tous s’accordent sur le besoin d’adapter les formations pour développer les compétences numériques, nombreux sont ceux qui soulignent également la nécessité de mettre en place des mécanismes donnant à chacun de nous la possibilité d’acquérir les bons usages permettant d’utiliser les technologies numériques sans risque et à notre profit. Dans cette perspective, la création de réseaux de partage d’expérience, le recours à des coachs numériques ou le développement de plateformes de services numériques reconnues et sûres sont des pistes souvent envisagées.

D’autre part, beaucoup s’inquiètent aussi des zones d’ombre de la gouvernance actuelle des technologies numériques et des conséquences potentiellement négatives que peut engendrer une numérisation sans cadre ni limites sur de nombreux aspects cruciaux de notre vie: utilisation des données privées, sécurité, surveillance de masse, libertés individuelles ou polarisation des opinions…

Beaucoup craignent enfin de voir la numérisation affaiblir la capacité des autorités publiques à réguler les relations au sein de la société. Il y a également un fort consensus pour considérer le discours actuel sur la numérisation comme trop complexe et trop technologique et, de ce fait, générateur de méfiance, voire d’autoexclusion.

Risque de «décrochage numérique»

D’ailleurs, l’obligation d’acquérir des outils informatiques de plus en plus puissants – augmentant ainsi les budgets afin de pouvoir mettre à jour nos logiciels bureautiques, par exemple – alors que les besoins standard de l’utilisateur sont restés les mêmes, a été identifiée comme un facteur de risque de «décrochage numérique».

En conséquence, on observe une claire aspiration à remettre l’humain au centre et à renforcer le débat sur les aspects humains et sociaux de la transformation numérique, de façon à permettre à chacun de nous de se sentir acteur, et non seulement spectateur, de la transformation numérique.

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