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Inauguration de la nouvelle ambassade de Suisse en Jordanie. Amman, 13 mai 2018.
© GABRIELE PUTZU/Keystone

Incidences

Perceptions de la diplomatie suisse

OPINION. La Suisse se targue d'être une «puissance diplomatique», mais elle reste silencieuse, neutralité oblige, relate notre chroniqueur François Nordmann. Il serait pourtant bienvenu que le Conseil fédéral s'exprime sur des sujets comme la crise syrienne

La politique étrangère de la Suisse a généralement bonne presse. La Suisse a maintenu tant bien que mal un réseau diplomatique suffisamment dense. Elle est très active sur les scènes du multilatéralisme, à l’ONU et dans les institutions spécialisées, à l’OCDE, à l’OMC. Elle s’efforce d’être le bon élève de la classe. Dans les points chauds du globe elle a une présence qui lui permet de se faire une opinion sur les événements en cours. Cette faculté de former son propre jugement sur des situations de tension et de crise est précieuse, elle favorise des échanges avec des pays partenaires et son avis est sollicité.

Juridique mais pas politique

La neutralité a su s’adapter à chaque constellation nouvelle. La Suisse défend ses propres valeurs et intérêts qui coïncident souvent – mais pas toujours – avec ceux d’autres pays industrialisés comparables. Elle n’a pas à proprement parler de doctrine qui donnerait un cadre à sa politique extérieure: elle préfère exploiter les opportunités qu’elle s’est créées ou qui s’ouvrent à elle.

Elle en tire d’une part une légitimité à agir discrètement et isolément, elle y voit d’autre part une spécificité qui l’exonère à ses yeux parfois des principes, des réflexes et des tendances qui animent la position des pays auxquels elle ressemble par ailleurs. Elle ne se prononce guère sur les grandes affaires du monde, préférant s’en tenir, le cas échéant, à des analyses strictement juridiques, sans portée politique. Sa parole est essentiellement rare. Quand les quelques communiqués officiels ne répètent pas sentencieusement des éléments de droit international, ils se hasardent à faire la leçon dans le domaine humanitaire. Mais on y chercherait en vain l’expression d’une vue politique.

La Suisse, une «puissance diplomatique»

La Suisse se targue facilement d’être une «puissance diplomatique» à défaut d’être une «puissance atomique», comme l’a déclaré le conseiller fédéral Ignazio Cassis. Cette notion ne signifie pas que nous prenions des initiatives audacieuses sur le plan diplomatique pour contribuer à résoudre des crises ou désamorcer des situations potentiellement dangereuses, loin de là.

Cette notion résulte bien plutôt d’une extrapolation des missions que la Suisse remplit avec succès en qualité d’état hôte de conférences internationales, qui se tiennent le plus souvent chez nous grâce à la présence de l’Office des Nations unies. Ainsi les conférences sur la Syrie ou sur l’Iran se sont-elles réunies d’abord dans le cadre de l’ONU: la Suisse y a joué un rôle de facilitateur, réglant avec imagination et créativité les problèmes qui se posaient pour la disposition de salles, l’hébergement de groupes de travail, le choix de locaux adaptés. Aspects sans doute appropriés et même indispensables, mais qui ne sauraient masquer le fait que nous n’avons pas siégé à la table de conférence et n’avons pas de part aux documents finaux qui en sont issus.

S’exprimer sur la Syrie

Nous mettons également en évidence les mandats de représentation d’intérêts qui nous sont confiés par des puissances étrangères pour justifier d’un rôle particulier, qui nous oblige à une réserve encore plus grande que d’habitude. Prenez la défense des intérêts américains en Iran: c’est un mandat important, qui nous lie. Nous ne saurions critiquer le président des Etats-Unis, tout au plus pour faire savoir que nous considérons sa décision de se retirer de l’accord avec l’Iran comme «une erreur» – ce dont le personnage pourrait s’offusquer. Quand nous avons pris l’initiative de convoquer une conférence internationale sur le sujet de l’Iran nucléaire il y a quelques années, nos partenaires nous ont fait comprendre que nous ne saurions être impartiaux, puisque nous sommes les représentants des intérêts américains.

Récemment, la Commission des affaires étrangères du Conseil national a proposé au parlement d’adopter une résolution sur le problème syrien. Etrange démarche qui soulage les consciences mais qui fait fi de la responsabilité du gouvernement, dont le silence favorise de tels gestes. Car en fait il incombe bien au Conseil fédéral de s’exprimer de nouveau sur ces sujets, le parlement devrait tout au plus l’y inviter.

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