Charivari

Perdre son portable et un bout de sa vie

OPINION. Egarer son smartphone et y laisser une partie de soi? C’est le bizarre sentiment éprouvé par notre chroniqueuse, qui utilise l’appareil comme album de photographies

La semaine dernière, j’ai perdu mon portable. J’étais en Valais, à la très passionnante Rencontre du théâtre suisse, occupée à voir des spectacles, rire, parler, boire et tout ce qui fait les joies d’un festival, quand, au moment de sortir de la dernière navette qui nous ramenait tard de Viège à Sion, et toujours en grande discussion, j’ai laissé tomber l’animal quelque part. Et alors? Tous les jours, dans le monde, des milliers, sans doute des millions de personnes, vivent cette contrariété sans émoi particulier.

Technoplouc et technoflemme

Sauf que non. Perdre son portable est un non-événement si on a sauvé dans le nuage prévu à cet effet toutes les photos et tous les contacts accumulés. Comme je suis technoplouc et surtout technoflemme, j’ai rarement synchronisé mon appareil avec la vaste nébuleuse. Du coup, j’ai eu un grand moment de solitude lorsque, après avoir fait mes poches et mon sac à main, puis à nouveau mes poches et re-mon sac à main, j’ai réalisé que je ne verrais plus jamais les milliers de clichés pris ces cinq dernières années. Les fêtes, les vacances, les visages aimés, les paysages traversés, la famille au grand complet… je me suis sentie dépeuplée. Vraiment. Et stupide de l’être pour une cause si futile alors que des gens se battent quotidiennement pour leur survie.

Informée dans l’instant

Mais ce n’est pas tout. Peu après cette montée de spleen, j’ai eu une montée de stress. «Là, tout de suite, dans l’instant, s’il arrive quelque chose à mes enfants, je ne le saurai pas, je ne pourrai pas en être informée», me suis-je mise à ressasser. On a vécu des décennies sans être atteignable lorsqu’on était en déplacement et, aujourd’hui, on flippe dès qu’on est coupé du monde un instant… rageant, non?

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Alors j’ai réagi. J’ai pensé à ces jeunes qui, en 2017, à l’invitation du Temps, avaient accepté de vivre une semaine sans leur smartphone chéri. Ne pas être informés dans la seconde ne les avait pas tués. Au contraire, ils se sont sentis plus libres, soulagés, recentrés. J’ai fait comme eux. J’ai respiré profondément, je me suis connectée aux sensations de la chambre, aux mini-bruits de la nuit. J’ai aussi repensé aux spectacles et propos chaleureux de la soirée et, au final, j’ai dormi comme un bébé. Ce qui était la seule bonne attitude, puisque le lendemain matin, miracle valaisan, le chauffeur du car m’a rapporté mon portable, me ramenant avec lui les chères images de mon passé. Et la possibilité (traître, mais quand même bien utile) de me reconnecter illico au présent.


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