Difficile démocratie! Les votations du 28 novembre le démontrent une fois encore. D'autant plus qu'à propos de la péréquation financière, comment contourner le «piège» d'un objet certes «compliqué», mais qui «devrait rapporter» à quelques-uns. Car, à y regarder de plus près, nombre de questions interpellent et restent sans réponse si l'on dépasse le boulier, les petits sous et l'esprit de clocher.

La solidarité entre les cantons riches et pauvres est incontestée. Le gouvernement pouvait l'améliorer sans renverser la Constitution (27 articles modifiés!), ses équilibres, ses progrès. En choisissant une réflexion enfermée dans la cantonalisation des tâches et l'esprit comptable, le conservatisme a prévalu. On rend la gestion du pays encore plus complexe, encore plus soumise aux régionalismes et aux concurrences antisociales. Tout le contraire de l'efficacité que les majoritaires évoquent dans d'autres domaines!

Et puis le projet contient tous les ingrédients d'un accroissement des inégalités dans un pays où celles-ci sont déjà insupportables. Elles sont prévisibles dans la réduction des primes d'assurance maladie, les prestations complémentaires AVS-AI, l'enseignement spécialisé, les aides aux institutions pour personnes invalides ou âgées, les bourses et la fiscalité, sans parler des routes et infrastructures. Il s'agit donc d'un véritable danger pour la cohésion sociale de ce pays. Cette réforme est aussi un programme d'économies, qui s'ajoute à ceux en cours et qui réduisent drastiquement les tâches de la Confédération, provoquant des transferts de charges sur les cantons et les communes, par centaines de millions. Pourquoi le Conseil fédéral ne le dit pas?

Les régions et les personnes les mieux loties profiteront d'un succès: impôts bas et créations d'emplois suivront. Pour les autres, restera le spectacle de l'accroissement des fossés: impôts élevés, réduction des services publics périphériques, programmes cantonaux d'économies, charges sur les communes. La solidarité financière pourrait donc n'être qu'un leurre et avoir un effet «boomerang». Il est bon de le savoir lorsqu'on évoque le chapitre de la répartition des tâches! «C'est un pur produit du néolibéralisme» affirmait l'ex-président du parti radical, M. Schweiger. C'est tout dire…

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