L’économie suisse ressemble à un train qu’on ne peut arrêter. Au début de 2020, lorsque l’équivalent viral des Cavaliers de l’Apocalypse a déferlé sur le monde, personne n’aurait osé prédire qu’après dix-huit mois de crise, elle serait encore en si bon état. Or, les chiffres les plus récents sont solides. Les prévisions, optimistes. La reprise, en V.

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Le fameux Omicron dont on ne sait encore presque rien? Delta, qui préoccupe davantage les épidémiologistes? De nouveaux pics de contamination? Bien sûr, ces menaces existent. Un troisième semi-confinement serait dévastateur pour de nombreux secteurs mais, si cela devait se produire, on peut parier que la Suisse s’en sortirait de nouveau sans trop de casse. A la fin de 2021, ménages et entreprises ont appris à vivre avec le virus.

Hier, le franc fort. Aujourd’hui, le covid. Demain, peut-être, notre invraisemblable incapacité à trouver une ligne directrice dans nos relations avec l’Union européenne. Et pourtant, notre économie donne cette impression que les crises lui importent peu et qu’elle est capable de rester sur les rails – voire de résister aux trous qui se creusent parfois sous les voies des CFF.

Mais attention à ce sentiment d’invulnérabilité. Des raisons bien concrètes expliquent comment la Suisse encaisse si bien ces chocs. Ce n’est ni de la chance ni de la magie.

Dégradation du climat démocratique

Les raisons les plus évidentes: diversité de notre économie portée par une industrie pharma et un secteur financier robustes, agilité politico-économique, potentielles aides d’urgence à fonds perdu – grâce à une redoutable discipline budgétaire et donc à un faible endettement – et, surtout, le fameux chômage partiel. Un outil à la valeur inestimable qui permet aux entreprises d’éviter les licenciements et de profiter ainsi pleinement de la reprise.

Mais n’oublions pas que si l’on s’en sort si bien, c’est aussi parce qu’on affronte ces chocs ensemble, en misant sur notre culture du débat, du compromis et, in fine, sur le respect des institutions. En ce sens, la sourde dégradation du climat démocratique lors de la campagne sur la loi covid a été très inquiétante. Un pays dans lequel le gouvernement doit se barricader lors d’un dimanche de votations aura bien des difficultés à survoler de prochaines crises.

Cela ne signifie pas qu’il faille enfermer ceux qui pensent différemment. Au contraire, il faut rouvrir la voie du dialogue pour trouver une réponse, démocratique elle aussi, à ce qui ressemble de plus en plus à une fracture. Le fantastique train économique de la Suisse ne pourra pas poursuivre son chemin s’il n’embarque pas tous les passagers dans ses wagons.


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