La brutalité extrême du régime iranien d’un côté et sa volonté obsessionnelle d’acquérir la bombe nucléaire de l’autre. Il ne paraît pas excessif de voir dans ces deux éléments de l’équation de la République islamique le signal d’une fébrilité croissante face à une contestation qui ressemble de plus en plus à une révolution. Mais aussi d’un pouvoir qui a perdu le sens des réalités.

Le constat est accablant. La révolution islamique telle qu’imaginée par les Khomeini, Khamenei et autres mollahs a échoué. Face à l’autoritarisme du shah, plusieurs strates de la société iranienne avaient cru en un renouveau plus démocratique bien que teinté d’islamisme. Très tôt toutefois, elles se sont rendu compte de la tromperie d’un système qui ne tient en place que par un clientélisme ultra-développé qui n’a profité qu’aux intérêts étroits des factions composant le pays. Aujourd’hui, les mollahs tiennent en otage une société fortement sécularisée qui aspire à d’autres horizons que la vision étriquée et obsolète du régime. L’impressionnant appareil répressif iranien semble hors de contrôle, tuant sans égard enfants, adolescents, femmes, condamnant à mort des citoyens qui ont commis pour seul crime celui de manifester pacifiquement dans la rue.

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Qu’un tel pouvoir puisse désormais acquérir la bombe atomique a de quoi inquiéter. Selon des experts et après confirmation de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran est bien en train d’enrichir de l’uranium à 60% dans son usine de Fordo. Il viole ainsi ses engagements internationaux. Or, s’il est difficile d’enrichir à 20%, le passage de 60% à 90% d’enrichissement requis pour fabriquer l’arme nucléaire est plus facile. Il ne faut pas se voiler la face: la République islamique est sur le point d’acquérir cette capacité. Les négociations entre Téhéran, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne (5+1) sur le nucléaire iranien sont au point mort. La communauté internationale risque de payer au prix fort la désastreuse politique de l’ex-président Donald Trump qui avait déchiré l’accord des 5+1 en 2018 sur l’autel de ses intérêts politiques étroits. Le texte n’était pas parfait, mais il représentait une étape essentielle dans les efforts pour empêcher l’Iran de suivre l’exemple de la Corée du Nord.

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Les conséquences seraient dramatiques non seulement pour le peuple iranien qui deviendrait la première victime du chantage international que pourrait exercer le pouvoir iranien doté de la bombe atomique, mais aussi pour le régime de non-prolifération nucléaire. Si Téhéran devait obtenir une telle arme, il va sans dire qu’il ferait des émules au Moyen-Orient et ailleurs. L’Arabie saoudite serait la première à vouloir faire de même. Une perspective qui serait particulièrement sombre pour la paix.