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Paolo Finoglio, (1590-1645), «Tancrède affronte Clorinde» (détail), 1640.
© DR

(in) culture

La perspective selon Finoglio

Dans les Pouilles, le château de Conversano abrite une pinacothèque dédiée au peintre Paolo Finoglio et à son cycle de Jérusalem

Impossible de flâner dans les ruelles d’un bourg médiéval italien sans pousser les portes d’une pinacoteca. C’est ainsi qu’après avoir erré dans les ruelles désertes de Conversano, petit village des Pouilles qui semble désespérément tenter d’exister dans l’ombre de ses attractifs voisins que sont Monopoli et Polignano a Mare, je me suis retrouvé à visiter son étrange château. Autour d’une imposante tourelle, l’édifice a passablement évolué avec les siècles pour aujourd’hui ressembler à un amas de constructions hétéroclites.

A l’intérieur du castello de Conversano, quelques salles abritent une pinacothèque dédiée à un peintre qui semble faire la fierté du village: Paolo Finoglio. Né en Campanie en 1590, Finoglio a principalement été actif dans la région de Naples, avant de descendre dans les Pouilles, où il a livré un certain nombre d’œuvres de commande. Lorsqu’il s’est établi à Conversano, où il mourra en 1645, le châtelain, un certain Giangirolamo II Acquaviva d’Aragon, lui a fait exécuter une série de toiles monumentales illustrant un poème du Tasse, La Jérusalem libérée.

Me voilà alors face à des tableaux grand format racontant cet épisode fameux de la première croisade. La monumentalité des peintures, leur envie d’en mettre plein la vue, m’évoque spontanément le Titien. Finoglio, paraît-il, a plutôt été influencé par le Caravage. J’observe, prends du recul puis m’approche des œuvres, et une chose me frappe alors. Là où les Offices de Florence et l’Académie de Venise me transportent, la découverte de ce Finoglio dont je n’avais jamais entendu parler m’amuse: et si on avait là affaire à un peintre italien ne maîtrisant pas totalement l’art de la perspective?

Dans plusieurs de ses tableaux, en marge des personnages centraux, des éléments du second plan ne semblent pas toujours être à l’échelle. Il y a dans certains drapés une magnifique finesse d’exécution, mais en même temps des sortes d’erreurs, des détails qui attirent le regard et empêchent d’admirer l’ensemble. Comme les deux chevaux de Tancrède affronte Clorinde, dont l’un a un air hagard tandis que l’autre semble se prendre pour une vache folle. En regardant leurs sabots, on se demande à qui ils appartiennent, il y a quelque chose qui ne joue pas.

Je ne sais pas si de son vivant, Finoglio était considéré comme l’égal d’un Caravage, mais j’en doute. On dirait plutôt que pour honorer ses commandes, il s’entourait d’assistants parfois moins habiles que lui. Il est d’ailleurs mort peu après l’exécution de ce cycle de Jérusalem, comme si celui-ci l’avait achevé. J’ai découvert par hasard Finoglio, et il m’a fallu un aperitivo bien tassé pour m’en remettre.


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