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Les deux tiers de la population suisse attendent de la Confédération qu’elle oblige les paysans à réduire l’utilisation de ces substances dans l’agriculture, d’après une récente enquête réalisée par l’institut gfs-zürich sur mandat d’organisations…
© © Charles Platiau / Reuters

Editorial

Sur les pesticides, il faut écouter la société civile

Les instances officielles chargées d’évaluer la sûreté des produits phytosanitaires sont de plus en plus décriées. De quoi justifier les inquiétudes d’une partie de la population vis-à-vis de ces substances

Les pesticides, on n’en veut plus! Les deux tiers de la population suisse attendent de la Confédération qu’elle oblige les paysans à réduire l’utilisation de ces substances dans l’agriculture, d’après une récente enquête réalisée par l’institut gfs-zürich sur mandat d’organisations environnementales. Cette défiance de la société civile s’illustre aussi par le lancement fin 2016 de l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse», portée par un groupe de Neuchâtelois apolitiques. Au niveau européen, une pétition demandant l’interdiction du glyphosate, principal composant du pesticide Roundup, a déjà recueilli plus de 800 000 signatures. Enfin, au mois d’avril dernier, un «tribunal citoyen» a reconnu Monsanto, la firme américaine qui fabrique le Roundup, coupable de crimes contre l’environnement et d’atteinte aux droits humains.

Lire aussi: Des agences européennes sous le feu des critiques sur le dossier du Roundup

Pourquoi une telle opposition populaire? Après tout, le sujet est hautement technique, voire carrément rébarbatif. Evaluer les effets des pesticides sur les écosystèmes et la santé humaine nécessite de mener de minutieuses études toxicologiques. Les débats entre spécialistes portent sur des questions très pointues telles que la méthode statistique ou la race des souris employées dans les études. Interrogés, les scientifiques eux-mêmes se montrent en général très prudents, mettant plutôt en avant les incertitudes qui planent sur l’effet de ces substances plutôt que des dangers caractérisés. Un débat si complexe ne devrait-il pas rester entre les mains des experts?

Le problème est que sur ce sujet, comme sur d’autres, la confiance vis-à-vis des experts s’est envolée au fil des ans. Les instances officielles chargées d’évaluer la sûreté des pesticides sont particulièrement décriées. Deux nouvelles analyses révèlent ainsi de nombreux manquements dans le travail de l’Agence européenne de sécurité des aliments et de l’Agence européenne des produits chimiques, accusées de conflits d’intérêts et de dissimulations. Ces agences ont jugé que le glyphosate n’était pas cancérigène, contrairement à ce qu’avait conclu quelques mois auparavant le Centre international de recherche sur le cancer, une émanation de l’OMS. Qui croire désormais? C’est sur l’avis de ces instances que se baseront les Etats membres de l’UE pour décider s’ils renouvelleront l’autorisation du glyphosate pour dix années supplémentaires…

Au fur et à mesure des révélations, la suspicion d’une partie de la population envers les pesticides et ceux qui les commercialisent paraît de plus en plus justifiée. Sans pourtant que la preuve de la dangerosité de ces produits ne soit établie. Pour l’heure et avant de s’attaquer à cette question complexe, que les instances de contrôle écoutent déjà cette inquiétude, dans un contexte où leur indépendance apparaît sérieusement écornée.

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