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Peter Jackson, la chute du roi

CHRONIQUE. Quatorze ans après sa mainmise sur les Oscars, le réalisateur du «Seigneur des anneaux» revient en producteur de «Mortal Engines», un nanar plombé par son désir d’en mettre plein la vue

Ce 29 février 2004, le Kodak Theater, sur Hollywood Boulevard, accueille la 76e cérémonie des Academy Awards. Deux grandes réussites sont en lice pour l’Oscar du meilleur film: Lost in Translation, de Sofia Coppola, et Mystic River, de Clint Eastwood. Pas de chance: ce soir-là, ils ont face à eux Le retour du roi, ultime épisode de la trilogie du Seigneur des anneaux, entreprise quelques années plus tôt par Peter Jackson. Et ce soir-là, le roi, c’est lui. Le Néo-Zélandais a 42 ans et son film, qui remporte onze statuettes pour onze nominations, en fait l’un des réalisateurs et producteurs les plus puissants du monde. Seuls Ben-Hur et Titanic avaient fait mieux, avec respectivement douze et quatorze Oscars.

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Révélé par des productions horrifiques à petit budget, Peter Jackson touche alors à ce rêve qui est celui de tous les cinéastes. Au-delà du succès phénoménal du Seigneur des anneaux, il est à ce moment de sa carrière où il peut tout faire, où rien n’est trop grand pour lui. Il choisit alors d’assouvir un fantasme en proposant un remake du King Kong, ce chef-d’œuvre de 1933 qui imposa un des monstres les plus célèbres de l’histoire du cinéma tout en révolutionnant l’usage des effets spéciaux.

La voix de son maître

Après avoir massivement eu recours aux techniques numériques pour donner corps aux délires heroic fantasy de Tolkien, il décide malheureusement de tout miser sur les images générées par ordinateur, et multiplie par exemple les dinosaures lors d’une séquence qui voit des raptors et des brontosaures courir frénétiquement. Le résultat est laid, le numérique n’est plus là pour raconter une histoire, mais pour en mettre plein la vue, et c’est raté. Puis viendra Le hobbit. Du petit livre en forme de conte de Tolkien, Jackson tirait une nouvelle trilogie qui, à force d’étirer son récit jusqu’à le rendre inconsistant, s’avérait indigeste.

Quatre ans après avoir définitivement quitté la Terre du Milieu, le réalisateur revient en producteur avec Mortal Engines, dont il a confié la réalisation à un de ses fidèles collaborateurs ayant travaillé sur les effets spéciaux de la plupart de ses films. Ce film d’aventures post-apocalyptique est dès lors un film d’effets spéciaux, où l’enjeu principal consiste à montrer une ville de Londres transformée en char d’assaut géant, une cité prédatrice montée sur roulettes et avalant pour survivre des cités mobiles plus petites. Ridicule? Oui, passablement. On sent bien que le réalisateur officiel de ce nanar n’a fait qu’obéir aux ordres de son maître, une nouvelle fois dévoré par sa folie des grandeurs. Le 29 février 2004, Peter Jackson était le roi. Sa couronne n’était finalement qu’un mirage.


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