Opinion

Du petit et du grand pays, réflexion sur le 9 février

Sous prétexte de respecter stricto sensu le sacro-saint droit international, la Suisse s’avilit aux grandes puissances, estime Kevin Grangier, secrétaire général de l’UDC Vaud. Qui revient sur les contorsions de la classe politique à appliquer l’initiative contre l’immigration massive

Le 9 février dernier, deux ans après l’acceptation de l’initiative contre l’immigration massive, Johan Rochel, vice-président du Forum Aussenpolitik (Foraus), estimait dans Le Temps que le Conseil fédéral était dans l’impasse car il doit mettre en œuvre une décision populaire, l’initiative précitée, qui entre en opposition avec une autre décision populaire, l’accord bilatéral relatif à la libre circulation des personnes. La pauvreté d’une telle argumentation est surprenante.

En effet, de nombreuses fois les Suisses ont exprimé un avis en votation populaire qui a eu pour effet d’annuler une décision prise précédemment. Par exemple, en 2002, ils ont accepté d’adhérer à l’ONU alors qu’ils avaient refusé une telle proposition en 1986. Personne n’avait alors pris sa plume pour affirmer que le Conseil fédéral était dans l’impasse et devait se contorsionner pour appliquer le choix de 2002 tout en respectant celui de 1986. Il en va de même aujourd’hui car, par principe, la décision la plus récente remplace les décisions précédentes.

Une confrontation avec le peuple

La raison des contorsions actuelles du Conseil fédéral est donc à chercher ailleurs. En réalité – et contrairement à l’adhésion à l’ONU – le Conseil fédéral ne voulait pas de cette initiative qui remettait fondamentalement en question sa politique européenne. Il l’a donc ardemment combattue et il a perdu. La situation inextricable dans laquelle se trouve le gouvernement est donc liée à sa politique européenne qui n’est plus suivie par la majorité des Suisses. Il est consternant que ce désaveu ne suscite pas une remise en question. Pire! Le Conseil fédéral et ses alliés pro-UE ont décidé d’entrer en confrontation avec le peuple en s’obstinant dans un cul-de-sac.

L’argumentation du Foraus ne repose en fait que sur l’avilissement de la Suisse aux grandes puissances, sous prétexte de respecter stricto sensu le sacro-saint droit international. Lequel s’oppose par essence aux droits populaires qu’il a pour vocation de limiter. Récemment, dans L’Hebdo, l’éditeur et écrivain Slobodan Despot se souvenait qu’il a immigré en Suisse dans les années septante et qu’il ne reconnaît plus aujourd’hui le pays qu’il l’avait accueilli. Voici ses mots: «J’avais en tête le chapitre LXI du Livre du Tao: «Un grand pays n’a pas de plus grand désir que de rassembler et faire vivre les gens; un petit pays n’a pas de plus grand désir que de s’allier au grand et de le servir.» Le raccourci me paraissait évident. La Suisse de 1973 était, de fait, un pays rassembleur et nourricier. Celle de 2015 est profondément clivée à l’intérieur, clivante à l’extérieur et trop de monde n’y parvient plus à boucler les fins de mois […]».

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La Suisse du Foraus est donc ce petit pays du Livre du Tao qui «n’a pas de plus grand désir que de s’allier au grand et de le servir». Quelle soumission indigne de citoyens libres. La grandeur d’un pays, donc de son gouvernement, ne se mesure pas seulement à sa taille géographique et démographique mais à sa capacité de rassembler sa population dans une communauté de destin.

Cette volontaire docilité envers les puissants

L’argumentation du Foraus est symptomatique de cette docilité volontaire envers les puissants qui a eu pour conséquence récente l’abandon du secret bancaire, instrument incontournable de notre place financière, alors que les puissants, eux, n’ont pas été inquiétés. La Suisse a subi une guerre économique et, au lieu de se battre, a déposé les armes sans avoir obtenu aucune concession.

Cette argumentation du Foraus ne serait pas inquiétante si elle n’avait pas la bénédiction du Conseil fédéral et de la majorité du Parlement fédéral. Elle est la résultante d’une génération politique qui a baissé les bras et qui n’a plus envie de retrousser ses manches. Le courage et l’abnégation sont le prix de la liberté.

La Suisse que je défends est ce grand pays qui n’a pas de «plus grand désir que de rassembler et faire vivre les gens». Aucune mégalomanie dans mon propos, mais simplement la conviction que l’action de notre gouvernement doit être mue par des élus qui voient le monde autrement qu’à genoux.

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