Comme le dit la chanson

«Petite, si tu es Kurde, il faut partir. Les enfants morts ne peuvent plus grandir»

OPINION. Peuple martyr, les Kurdes se battent en vain pour leur indépendance depuis un siècle, écrit notre chroniqueur David Hiler. Leurs soi-disant alliés les ont toujours laissés tomber.

Pierre Perret a écrit de très belles chansons engagées. L’une d’elles, composée en 1992, raconte le massacre d’une famille kurde par des soldats; elle est intitulée La Petite Kurde; L’auteur met en garde une fillette contre l’illusion de la lutte armée: «N’écoute pas les fous qui nous ont dit/Qu’la liberté est au bout du fusil/Ceux qui ont cru ces bêtises/Sont morts depuis longtemps/Les marchands d’armes ont tous de beaux enfants.» Cette chanson prend évidemment une nouvelle actualité avec l’offensive turque, mais, en fait, depuis un siècle, les massacres des Kurdes n’ont jamais cessé, que ce soit en Turquie, en Irak, en Syrie ou en Iran.

Au cours de leur très longue histoire, les Kurdes ont le plus souvent été incorporés dans des grands empires, sans jamais renoncer ni à leur langue ni à leur culture. Lors de l’affirmation des nationalismes, à partir du milieu du XIXe siècle, ils n’ont pas eu la chance, contrairement aux pays des Balkans, de se constituer en un Etat indépendant. Le traité de Sèvres (1920) entre les Alliés victorieux et l’Empire ottoman prévoyait certes la création d’un petit Kurdistan autonome au sud-ouest de l’Anatolie, mais ce traité, on le sait, n’a jamais été ni ratifié ni appliqué.