Les confrontations directes entre Dirigeant et Opposant n’ont pas manqué dans l’histoire de la Moscovie, puis de l’Empire russe. La correspondance entre Ivan IV, dit le Terrible, et le prince Kourbski,¹ qui avait fui chez les Polonais, en est l’exemple le plus étonnant. «Le venin du serpent est sous ta langue… Ta lettre est plus amère au goût que la ciguë», lance dans sa première épître Ivan à celui qu’il invective – «chien de traître». Dans ces confrontations, le Puissant ordonne à l’Opposant qui le défie de rentrer à Moscou – on verra bien sous la torture si tu dis vrai. Un siècle et demi plus tard, en 1714, Pierre le Grand fit kidnapper son fils à la cour de Vienne, le mit à la question, et le remit aux bourreaux. Il en résulta la longue révolte des Vieux-Croyants.