Un pas de plus. L’UMP a avancé d’une petite foulée en direction du Front national et de la normalisation – le mot est à la mode – de ce parti sur l’échiquier politique français. Hier, la formation de droite a arrêté sa stratégie pour le second round des élections législatives. Elle n’appelle pas à faire barrage au Front national (FN). Ses dirigeants ont choisi la tactique dite du «ni, ni», une abréviation en forme de cache-sexe qui signifie «ni front républicain, ni Front national». Autrement dit, dans la vingtaine de duels opposant un socialiste et un frontiste, l’UMP appelle ses électeurs à ne voter ni pour l’un, ni pour l’autre, prenant le risque de faire élire le candidat du Rassemblement bleu Marine. Et en cas de triangulaire, le candidat de l’UMP ne se retirera pas pour aider un socialiste à mettre en échec l’extrême droite.

Cette attitude montre que le FN, dont les candidats se présentent sous l’étiquette du «Rassemblement bleu Marine», est, de scrutin en scrutin, toujours moins diabolisé. Nicolas Sarkozy a largement balisé le terrain durant la campagne présidentielle, soutenu par le patron de l’UMP, Jean-François Copé. Son ancienne ministre Nadine Morano a encore été un cran au-delà, en déclarant dimanche partager avec les électeurs frontistes des «valeurs communes» comme le refus du vote des étrangers. Seule une ligne n’a pas encore été dépassée, celle de l’alliance avec le FN. C’est la dernière digue.

Au sein de l’UMP, l’attitude à adopter vis-à-vis du FN est un révélateur de divisions. Les apôtres du front républicain, ceux qui préfèrent voter socialiste que voir un frontiste élu, se font discrets. A l’image de la sénatrice Chantal Jouanno ou de l’ex-ministre Valérie Pécresse, qui avaient manifesté leur désaccord avec la stratégie du «ni, ni» lors de sa première application aux élections cantonales de 2011. Aujourd’hui, c’est le silence radio.

L’ancien premier ministre François Fillon, ennemi de cette tactique en 2011, se retrouve en délicate posture. S’il s’aligne sans mot dire, il risque de perdre en crédit auprès d’une partie de la droite humaniste. S’il fait entendre sa voix, il avancera des pions dans la lutte qui s’annonce pour la direction de l’UMP à l’automne, mais sera accusé de diviser le parti et peut-être d’avoir contribué à son éclatement. ö Pages 2, 4