On m’a demandé: «Et vous, sur quoi allez-vous écrire? Sur les petits riens, ai-je répondu, ces petits riens qui, cumulés, peuvent tout bouleverser!

J’ai vu une certaine surprise sur le visage de mon interlocuteur. Mais de quoi s’agit-il, a-t-il poursuivi, de nanotechnologie? Non, de ces petits riens qui rythment nos vies et les influencent. Mon interlocuteur doit être l’un des rares, dans mon entourage, à n’avoir pas lu «The Tipping Point» (Le Point de bascule) de Malcolm Gladwell.

Car nous n’avons pas le temps de discourir sur les petits riens. Nous sommes à l’ère de la rapidité, de la mondialisation, du sensationnel. La règle est devenue globale, la norme planétaire. Chacun de nous est citoyen du monde. On aime ce qui est grand, on simplifie ce qui est complexe, on rapproche ce qui est lointain. Ce qui est grand fascine. Les kilobits ont été remplacés par les mégabits, qui ont été remplacés par les gigabits, qui ont été remplacés par les térabits…

On généralise, on schématise, on uniformise. On ne s’attarde sur l’infiniment petit que lorsqu’il s’agit d’une prouesse technologique, une miniaturisation, un progrès de la nanoscience.

Pourtant, mis à part ce que je consomme (les cornflakes de mon petit-déjeuner, mon téléphone portable et mes baskets), rien de global dans mon quotidien.

Ma vie est belle et bien édulcorée de petits riens. Douce, amère, insipide, ou piquante. Alors, bonne ou mauvaise cette journée ?

Chacun de nous est unique et biologiquement génial. Notre cerveau est capable de percevoir, de lire et de mémoriser, parfois à notre insu, une multitude d’informations qui influencent nos perceptions, nos sentiments et donc nos décisions. Ces informations sont stockées en nous. Et comme chacun de nous est unique et biologiquement génial, chacun de nous les cumule à sa manière.

En fin de journée, le bilan est clair. Alors, bonne ou mauvaise, cette journée?

La porte de l’ascenseur qui s’est fermée sur votre nez, une attention, un mot, une intonation, un regard, un café trop chaud ou trop sucré. Une couleur, un parfum, une atmosphère. Du vent, un «bonjour»,  du retard. Un verre de trop, un soupir, un sourire.

Mais alors, le cumul de ces petits riens m’apaise-t-il ou me pèse-t-il ?

Le grain de sel, apporte-t-il saveur ou discorde?

La goutte d’eau se fond-elle dans l’océan ou fait-elle déborder le vase?

Le grain de sable s’écoule-t-il pour passer le temps ou bloque-t-il la mécanique?

Verre à moitié vide ou à moitié plein?

Lors d’une conférence qu’il donnait aux Hôpitaux universitaires de Genève, le 25 janvier 2011, le psychiatre Christophe André, (spécialisé dans la prise en charge des troubles anxieux et dépressifs) l’a dit: il faut savoir savourer les bons moments. C’est bon pour la santé !

Alors si on prenait le temps de reconnaitre et savourer les petits riens qui font du bien! Globalement, je parie qu’ils nano-relativiseraient tous ces petits riens malins.

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