Revue de presse

Tous les petits secrets de «Star Wars» révélés par des chercheurs de l’EPFL

Des mathématiciens viennent de quantifier l’univers de la saga créée par George Lucas, qui est toujours en expansion. Juste pour le «fun»? Non, le modèle utilisé pourrait servir dans d’autres domaines

«Voici l’univers de «Star Wars» tel que vous ne l’avais jamais vu», clame le site TechRadar, qui s’est entiché d’une recherche «aussi fascinante que peu canonique». Alors que le succès mondial de l’épisode 7 vient de propulser le bénéfice net trimestriel de Disney à un nouveau record et que le film continue son ascension au box-office en cumulant près de 900 millions de francs de recettes en Amérique du Nord, l’univers de la stellaire saga vient de passer entre les mains de chercheurs de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui l’ont décortiqué et quantifié.

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Les fans de la série créée à la fin des années 1970 par le réalisateur George Lucas savent bien que cet univers créé de toutes pièces va bien au-delà des sept films et qu’on peut en remplir des bibliothèques entières. Mais on peut aussi être réellement étonné de son ampleur: les mathématiciens de la haute école lausannoise ont dénombré plus de 20 000 personnages, qui sont répartis en 640 communautés, et ce, sur 294 planètes! Pour ce faire, ils ont notamment utilisé le «wiki» de la série, Wookieepedia.

Les films de «Star Wars», on le sait, ont donné naissance à de nombreux produits dérivés, certes moins connus du grand public, comme des livres, des jeux vidéo et d’autres supports qui ajoutent constamment de nombreux épisodes à la saga. Du coup, celle-ci constitue un univers en expansion. Sous la direction du «data scientist» Kirell Benzi – qui compte poursuivre l’analyse, notamment en observant la transmission de la «force» entre maîtres et disciples Jedis et Siths – des données de centaines de pages internet consacrées au sujet ont été recensées et analysées. Les résultats sont disponibles sur le blog de Benzi:

Exploring the Star Wars expanding system (1re partie)

Exploring the Star Wars expanding system (2e partie)

Dans le détail, parmi les personnages recensés, quelque 7500 jouent un rôle de premier plan – même Jar Jar, rigole ScienceAlert – avec notamment 1376 Jedis (les bons) contre 724 Siths (les mauvais). Et l''analyse dévoile que près de 80% de la population de la galaxie serait humaine. Quant à l’histoire elle-même, elle se déroule sur une période de plus de 36 000 années, segmentées en six ères principales.

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«Pour défricher cette impressionnante forêt de données, nous nous basons sur l’analyse des réseaux, c’est-à-dire sur toutes les connexions qu’un personnage entretient avec les autres», explique Xavier Bresson, chercheur au Laboratoire de traitement des signaux 2 de l’EPFL (LTS2):

Les regroupements obtenus permettent alors par exemple de déterminer la période à laquelle a vécu un personnage avec beaucoup de précision, «sans que cette information soit directement fournie dans les livres ni dans les films». On trouve une très bonne explication (en allemand) de la technique utilisée et des résultats qu’elle produit sur Watson.ch.

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Mieux: le programme développé par les chercheurs de l’EPFL peut être utilisé au-delà de l’univers de Star Wars: «Il permet de tracer des chemins dans la masse d’informations qui s’offre en vrac sur le Net», résume Kirell Benzi. Il se base sur des algorithmes qui peuvent trier et quantifier des quantités importantes de données et sont capables de tisser des liens entre eux, de leur donner un sens. Les résultats sont présentés sous forme de graphes interactifs, comme dans cet autre exemple, appliqué aux artistes du Montreux Jazz.

Sur les deux graphes ci-dessus, par exemple, le réseau des personnages est coloré par ère. Dans la figure de gauche, les nœuds noirs représentent les données manquantes. Nœuds rouges: soulèvement de l’Empire (épisodes 1,2,3). Nœuds bleus: ère de la Rébellion (épisodes 4, 5, 6). Nœuds verts: appartiennent aux deux ères. La figure de droite montre le résultat de l’algorithme: les nœuds noirs ont été colorés par l’ère qui s’adapte au mieux à la structure des nœuds voisins.

A long terme, l’outil pourrait être appliqué dans de nombreux domaines. «Le jour où suffisamment de documents et archives seront numérisés, cette méthode pourrait s’avérer très utile pour combler certaines lacunes dans le registre des connaissances historiques, sociologiques ou d’autres branches scientifiques», explique encore Xavier Bresson: «Au-delà de cette belle performance de «geeks» [«Y en a qu’ont vraiment rien à faire!» commente d’ailleurs un internaute du Matin] la démarche se révèle potentiellement intéressante pour l’analyse et l’extraction de données dans de très nombreux domaines scientifiques.»

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Les critiques contre cette recherche, relevons-le enfin, ne manquent pas. Un internaute du Standard autrichien pense par exemple qu'«on dépense beaucoup d’argent avec cette idée insensée» et qu’on participe à la commercialisation du produit: «Merchandising, Merchandising!» s’exclame un autre.

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