Le krach pétrolier et la pandémie de Covid-19 entrent en écho à une récente interview de la présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga. «Nous devons réduire notre dépendance vis-à-vis de l’étranger pour le matériel médical comme pour l’énergie. Plus que jamais nous devons renforcer la production d’énergie renouvelable indigène.» L’étude des comportements entre les industries de la santé et de l’énergie donne des enseignements précieux. Ce n’est pas un hasard si elles se retrouvent dans une situation similaire.

L’industrie de la santé

La pandémie a ébranlé les croyances notamment au niveau pharmaceutique. Depuis des décennies, les Helvètes acceptent de payer sensiblement plus cher leurs médicaments avec la perception qu’ils sont fabriqués dans le territoire, avec le savoir-faire local, et que les salaires versés reflètent le niveau suisse. Le virus a révélé une réalité plus contrastée. Les éléments de base de nos médicaments sont fabriqués en Chine ou ailleurs, notre savoir-faire a été cédé aux plus offrants et la production locale repose en grande partie sur les frontaliers. Pour une aspirine ou un masque en papier, la Suisse dépend de l’étranger.

Au niveau international, les comportements des pays face à la pénurie de masques, de gel ou de ventilateurs confirment que, en temps de crise, le repli national est un réflexe pavlovien. Certains pays ont détourné des cargaisons de masques à même le tarmac chinois. Le reptilien «moi d’abord» est une constante dans la géopolitique mondiale. Cruelle réalité, même avec son fort pouvoir d’achat, la Suisse peine à acheter des masques.

L’industrie de l’énergie

L’industrie pétrolière mondiale est déliquescente. La destruction de la demande fait des ravages. Les cadavres s’empilent dans tous les secteurs, de l’exploration à l’extraction, en passant par le financement. Une fois la tempête passée, les probabilités techniques, géologiques et financières de revenir à une production de 100 millions de barils par jour semblent s’éloigner. Là aussi, les pays appliquent la règle du chacun pour soi.

Leader dans le monde de la pharma, la Suisse était également championne de l’efficience énergétique et des cleantechs. Aujourd’hui, ce leadership s’est transformé en illusion où tentent de survivre quelques innovateurs audacieux.

Cette avance technologique a été figée par les groupes d’influence. A ce jeu, il faut saluer les prouesses des pétroliers et des gaziers qui protègent, par tous les moyens, leurs 7 à 9 milliards de revenus annuels. Chaque centime est défendu avec ardeur, quitte à arriver à des situations des plus cocasses. Ainsi, le budget généré par les ventes d’essence, afin de réduire le CO2, est géré par l’Union pétrolière. Sous cette étreinte politique et financière, il n’est pas étonnant que pour l’installation d’énergies renouvelables, la Suisse est en queue du peloton européen. La diminution ridicule de 14% des émissions de CO2 de la Suisse depuis 1990 sonne comme un exploit.

Indépendance énergétique

Comme pour le coronavirus, la pandémie pétrolière nécessite une stratégie de sortie. Il existe bien une perspective à 2050, mais la dépression actuelle fait avancer les horloges de 10 à 20 ans. Les changements doivent être activés dès le redémarrage économique pour un impact d’ici à 2025. Juste à temps pour offrir un plan B au pétrole. De plus, les gouvernements sont sous pression afin de combattre l’explosion de chômage. Comme l’argumente l’Agence internationale de l’énergie dans sa stratégie publiée cette semaine, l’efficience énergétique et les renouvelables sont fortement intensifs en main-d’œuvre au travers de petites et de moyennes entreprises. L’Europe et les Etats-Unis dénombrent 3,3 millions d’employés. Le Green Deal annoncé par la Commission européenne s’engage sur ce chemin.

La proposition de générer une énergie renouvelable locale de la présidente de la Confédération tape également dans le mille. La Suisse a perdu le combat des masques. Cette leçon lui permettra-t-elle de gagner son combat énergétique?

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