Le président de la Confédération s’est fait longuement l’écho, vendredi à l’issue de sa séance hebdomadaire, de la préoccupation du Conseil fédéral à propos du résultat de la votation de dimanche. Si le collège gouvernemental n’a pas été pris au dépourvu dans la gestion, sur le plan international avant tout, de la crise, il a comme tout le monde été surpris par l’ampleur du désaveu qui lui a été infligé et en est encore à s’interroger sur ses causes.

Paradoxalement, le fait que le Conseil fédéral ait détecté très tôt la dangerosité de cette initiative a fini par se retourner contre lui. C’est parce qu’elle a bénéficié d’une sorte de traitement d’urgence lui valant d’être soumise au peuple quinze mois seulement après son dépôt que le vote est survenu dans le contexte le plus anxiogène que l’on ait connu depuis des lustres.

Le Conseil fédéral ne pouvait évidemment pas se douter, au début de juillet 2008, de l’importance qu’allait prendre la crise financière et économique, de la hausse du chômage, du naufrage d’UBS, des attaques dans le domaine fiscal conduisant à la mort du secret bancaire, ni de la crise avec la Libye.

C’est au moment où ses certitudes identitaires se trouvaient singulièrement affaiblies que le peuple suisse a été convié à s’exprimer sur ses rapports avec une religion et une culture cumulant les altérités.

Si l’on ajoute à l’arrière-plan l’angoisse climatique et les effets de la crise sur l’économie, les finances et l’endettement des Etats beaucoup plus touchés que la Suisse, le tableau ne pouvait guère être plus sombre. D’autant plus qu’une partie de l’actualité internationale, s’agissant de l’Afghanistan et du Pakistan, notamment, entre en résonance avec les interrogations sur nos rapports avec l’islam.

En ce sens, on ne saurait réduire le vote de dimanche à une manifestation de xénophobie ou de refus de l’autre. L’opposition à la construction de minarets a aussi été le prétexte à une grande vidange collective des angoisses, des colères et des ressentiments.

Le peuple n’est pas le seul à réagir sous l’empire de la peur. Si le Conseil fédéral a voulu liquider ce dossier au plus vite, c’est sans doute pour éviter que la votation ne s’inscrive dans le cadre de la campagne pour les élections fédérales de 2011. Et c’est encore par peur des réactions de l’UDC que le parlement n’a pas osé invalider l’initiative.

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