Mes parents écoutaient beaucoup de musique, ils m’ont fait découvrir les Beatles et Coltrane, Debussy et Elvis. Combien de fois, en interviewant des musiciens, ai-je entendu la même histoire, celle d’une oreille musicale se formant peu à peu, d’abord en furetant dans la discographie familiale, puis en faisant ses propres choix? Il y a souvent quelque chose d’empirique dans la manière de façonner ses goûts. Je me souviens ainsi être passé, dans les années 1980, des hits joués en radio au rap américain puis enfin au rock alternatif.

Tout cela s’est fait par couches successives, en écoutant Couleur 3 et Bernard Lenoir sur France Inter, en lisant le New Musical Express et Les Inrocks. Chaque découverte en amenait une autre. Entendre les artistes du moment évoquer leurs influences donnait une irrépressible envie de se mettre à Dylan et au Velvet, à Television et à Love. Peu à peu, la musique s’est ensuite dématérialisée, le numérique a supplanté les supports physiques. De Myspace à YouTube, l’écoute en ligne a ouvert de nouveaux champs des possibles, ce que les maisons de disques n’ont pas su anticiper.