En démocratie, il n’y a pas de sujet si complexe ou d’une telle portée déterminante qui ne puisse être laissé au choix du peuple. C’est ce que vient de confirmer la participation record (59,5%) aux dernières votations fédérales. Ces trente dernières années, il n’y a qu’en 2016, lors du vote sur l’initiative «Pour le renvoi effectif des étrangers criminels», que ce taux a été dépassé (63,7%). En 2014, même l’initiative «Contre l’immigration de masse» avait moins mobilisé. Lorsque l’on fait appel à leur responsabilité sur des sujets qui engagent leur avenir, les Suissesses et les Suisses font preuve d’une intelligence collective et d’un sens des responsabilités qui continuent à étonner nos voisins. «La participation moyenne aux votations et aux élections se situe autour des 45%. Mais ce ne sont pas toujours les mêmes électeurs, on vote quand on se sent directement concerné», note le politologue Claude Longchamp dans sa contribution «Démocratie directe» pour Swissinfo.

Réelle capacité à s’informer

Qu’il s’agisse de décisions à très forte charge émotionnelle, comme la défense ou la souveraineté, ou au contraire très ardues en raison des implications économiques et financières, les Suisses font preuve d’une réelle capacité à s’informer, à analyser les faits et à débattre. Ils n’en sont pas pour autant spécialistes de la sécurité aérienne ou du financement des prestations sociales, mais ils disposent d’une assez bonne connaissance générale pour se faire une opinion. Une opinion qui souvent conforte un positionnement préalable, conservateur, souverainiste, libéral, progressiste. Mais il arrive de plus en plus souvent que le débat modifie les choix initiaux, reflétant ainsi l’évolution de la société, comme lors de la votation du 27 septembre. Ce qui ne garantit pas que les citoyens prennent toujours «la bonne décision». Simplement qu’ils sont aussi aptes que le parlement à assumer les conséquences de leur pouvoir. «Quelle que soit l’appréciation que l’on porte, les dénis apportés aux élites, que cela soit sur les minarets ou l’assurance chômage, montrent que le peuple suisse s’affirme comme un acteur autonome par rapport aux organisations représentatives et à leurs leaders», écrit un spécialiste de la démocratie participative, Antoine Bevort, dans Démocratie, le laboratoire suisse.