Revue de presse

Peut-on manger du chat? Une saisie au Vietnam ravive la polémique

Les douanes vietnamiennes viennent d’intercepter une cargaison de centaines de félins destinés à être vendus aux restaurants de Hanoï. Choc en Occident, mais les Européens ont oublié que les recettes à base de chat ou de chien ont longtemps été courantes dans leurs traditions culinaires

L’image est choquante. La découverte «horrible», dit Sudinfo en Belgique. Le chat ci-dessus n’est qu’un des félins parmi les centaines qui ont été découverts cette semaine au Vietnam. «Entassés vivants dans des caisses à l’arrière d’un camion», précise l’Agence France-Presse (AFP), notamment reprise par BFMTV. Destination prévue: la casserole. Car «la viande de chat, connu localement sous le nom de «petit tigre», est populaire au Vietnam, bien que sa consommation soit officiellement interdite».

Le conducteur du camion, arrêté à la douane avec quelque trois tonnes de chats (!), «a avoué les avoir achetés dans la province de Quang Ninh», à la frontière de la Chine. Ces animaux «étaient destinés à la consommation dans les restaurants de Hanoï», a expliqué la police. Le fait a été rapporté et la scène filmée par Thanh Niên News:

«Le trafic de chats venus de Chine et revendus à des restaurants […] n’est pas nouveau», rapporte le site vietnamien – aussi présent sur Twitter: @News_Vietnam – cité par Le Parisien. Mais cette pratique s’est récemment développée. «La chair des petits félins est dorénavant particulièrement appréciée. Elle est servie notamment aux cours de cérémonies traditionnelles ou de mariages.»

Reste à savoir ce qu’il va advenir de ces malheureux. D’après la législation en vigueur dans ce pays, «les douaniers doivent détruire tout objet de contrebande». Il y a donc un problème législatif dans ce pays où Ouest-France ajoute, toujours via l’AFP, que si «des dizaines de restaurants servent de la viande de chat à Hanoï, […] il est rare de voir les félins dans les rues, car leurs propriétaires craignent qu’ils ne soient volés et vendus aux restaurateurs». Du coup, il y a pénurie: «Le manque de chats, mais aussi de chiens dont la viande est également appréciée au Vietnam, conduit à des trafics d’animaux depuis des pays voisins comme la Chine, la Thaïlande ou le Laos.» Pour les autorités, c’est un casse-tête.

On ne sait pas grand-chose de plus pour le moment, si ce n’est qu’il existe des pages Facebook où l’on peut signer une pétition adressée aux autorités du pays pour que cesse ce trafic. Car sur les réseaux, les réactions ne se sont pas fait attendre. @wordsonlife, via Twitter, par exemple, s’étrangle d’indignation, jugeant que «d’horribles créatures ressemblant à des humains arrachent la peau de chats et de chiens encore vivants et mangent ensuite leur corps» – notons le vocabulaire, «leur corps» et non leur chair:

L’AFP a aussi tourné récemment une vidéo où l’on voit comment ça se passe dans les restaurants au Vietnam qui cuisinent les animaux dits «domestiques»:

Tout y est dit: comment on brûle les fourrures au chalumeau avant de dépecer les animaux, avec quelles épices on les apprête, comment ils sont kidnappés dans les foyers qui les abritent, etc. Mais on aurait tort de croire qu’on a là affaire à une exclusivité de barbares asiatiques. En Suisse, le débat est ouvert, puisqu’en novembre dernier, on rappelle, via RTS Info, qu’«une pétition munie de quelque 16 000 signatures» exigeait «l’interdiction en Suisse de la consommation de viande de chat et de chien. Lancée fin août par SOS Chats Noiraigue», elle avait été remise au parlement. Dans notre pays, il semblerait que «la viande de chien est principalement utilisée pour faire des saucisses et de la graisse contre les rhumatismes».

Retour en Asie. «Par un après-midi ensoleillé, Nguyen Thi Thanh Hang, 35 ans, joue du hachoir sur un tas de carcasses fraîchement dépouillées. Elle s’attend à une forte affluence ce soir. Elle propose tous les jours la même spécialité et les affaires marchent bien, nous dit-elle, même si tout le monde ne partage pas sa passion pour la viande de chat»: Courrier international avait aussi écrit, en complément à un article traduit du Southeast Asia Globe en 2012, que «si les Asiatiques sont aujourd’hui les principaux consommateurs de chat, l’animal fait aussi partie de la tradition culinaire de nombreux pays d’Europe.

Des sujets, non des objets

»Une recette de chat rôti figure dans le Libro de cocina, célèbre traité culinaire espagnol du XVIe siècle. En Italie, quelque 7000 félins passeraient à la casserole chaque année dans les régions du Nord, dénonce l’association de défense des animaux Aidaa. En 2010, un chef avait d’ailleurs fait scandale en donnant une recette de chat à la télévision.» De fait, «la consommation de cette viande est interdite partout en Europe» sauf… en Suisse. «Jusqu’au début des années 1960, le chat était régulièrement au menu de certaines familles dans le Jura, en Valais et dans les Grisons», avait d’ailleurs écrit L’Hebdo en 2008.

Réponse de Claude Fischler, sociologue de l’alimentation humaine: «Notre rapport à l’animal a considérablement changé. Le chien et le chat sont désormais considérés comme sujets, et non comme objets. […] C’est cette dimension affective qui nous empêche de les manger, contrairement à la vache et au porc, que nous maintenons scrupuleusement à distance.»

Le tabou carnivore

Mais il y a aussi une «autre explication»: les anthropologues soutiennent que manger un carnivore «est tabou». Sous prétexte qu’il «pourrait lui-même avoir croqué de la chair humaine. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé lors de l’épisode de la grande peste, en Europe. Certains chiens se nourrissaient de cadavres humains n’ayant pas pu être enterrés.» A partir de ce moment-là, l’Eglise est entrée dans le jeu en prescrivant qu’il ne fallait pas manger de tels animaux. Mais seulement pour éviter d’attraper des maladies.

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