La victoire de Donald Trump, le Brexit, la montée un peu partout du ressentiment des électeurs contre les élus s’est accompagnée d’une libération de la parole, intégralement répercutée par les réseaux sociaux. Plus que tout autre événement de ces dernières années, l’élection présidentielle américaine du mois dernier a semblé annoncer la fin irrémédiable de ce qu’il est convenu d’appeler le «politiquement correct».

Faut-il, comme le pense notre invitée la journaliste française Elisabeth Lévy, fondatrice du magazine politique Causeur, se réjouir que la parole politique ne soit plus confisquée, lissée et policée par une minorité qui n’a de cesse d’ostraciser la manière différente de voir, de sentir et de penser du plus grand nombre?

Lire son texte ici: Elisabeth Lévy: contre le politiquement correct, le «droit de voir»

«Après quarante ans de glaciation intellectuelle, il est grand temps de réapprendre, comme le recommandait Montaigne, à «frotter notre cervelle contre celle d’austruy», écrit celle qui, depuis plusieurs années, dénonce une pensée biaisée qui, à gauche, empêche de voir le réel. Mais attention: il ne faudrait pas qu’une seconde doxa succède à la première: «Il ne faut pas que la peur change de camp, il faut qu’on cesse d’avoir peur pour pouvoir penser.»

Le retour du parler vrai, une victoire de la liberté d’expression? Martine Brunschwig Graf, elle, n’y croit pas. «Les opposants les plus virulents au politiquement correct se battent en réalité pour une véritable idéologie, celle du parler sans limites, sans tabous mais aussi sans égard ni respect», écrit la Genevoise, présidente de la Commission fédérale contre le racisme après avoir été conseillère d’Etat libérale et conseillère nationale.

Lire son texte ici: «Martine Brunschwig Graf: plutôt que la fin du politiquement correct, une victoire de l’idéologie du parler sans égard ni respect»

De Trump à Orban, les exemples se multiplient et n’incitent pas à l’optimisme, fait comprendre celle qui, sur son site personnel, cite cette phrase du penseur et auteur espagnol Fernando Savater: «La liberté, c’est le contrôle de soi». Comment la démocratie pourrait-elle fonctionner «si l’on dénie au discours politique le droit à la nuance, à l’explication raisonnée, à la confrontation des positions dans le respect de la dignité des personnes? C’est pour moi la vraie signification du politiquement correct, celui que je ne souhaite pas voir disparaître.»

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