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Entrée de l'hôtel Dorchester où se réunissait le Club du président, dissout après les révélations du Financial Times sur ses pratiques philanthropiques qui ont choqué le Royaume. Londres, 2014.
© ANDY RAIN

Il était une fois

Des philanthropes tripoteurs

OPINION. Notre chroniqueuse Joëlle Kuntz raconte comment Le Club du Président, le plus sélect de Londres, s’est fait pincer par le «Financial Times» pour ses pratiques philanthropiques incitant au tripotage de ses hôtesses

J’aime bien les romans policiers, même mauvais. C’est une littérature dichotomique avec des questions simples auxquelles il y a toujours des réponses. Un crime a été commis, comment, pourquoi, par qui. On le sait à la fin. Même si au cours des pages trop de portes s’ouvrent et se ferment, de verres se vident après avoir été remplis, le polar m’inspire la sécurité d’un bon ordre intellectuel: j’y repère sans me perdre, sur la carte du réel, le mal, le bien, la justice, la police, l’information, le coupable, l’innocent et leurs avocats. Les désobéissances sont cadrées: le criminel désobéit à la loi, le justicier obéit le moins possible à sa hiérarchie – les meilleurs réussissent toujours contre ou malgré leur chef. La limite entre le possible et l’impossible humain est titillée, mais littérairement, sans conséquence grave. Le polar n’essaie pas d’élever le niveau, il se coltine celui qui existe.

Le dernier de ma collection se passe la semaine dernière à l’Hôtel Dorchester, le plus cher de Londres. Le Club du Président y a convoqué son dîner annuel de charité au cours duquel sont récoltées des sommes à distribuer à des institutions de secours aux enfants. Les femmes ne sont pas admises, sauf en qualité d’hôtesses. Le jour du crime, cent trente d’entre elles sont embauchées pour embellir la soirée charitable de trois cent soixante mâles londoniens parmi les plus en vue dans la finance, le bâtiment, la politique ou les trois à la fois. A 22h, un présentateur sportif connu dans le royaume accueille les participants: «Bienvenue à l’événement le plus politiquement incorrect de l’année.»

Pas dans le contrat

Les invités en smoking se bousculent autour des canapés au saumon. Les hôtesses, vêtues de l’uniforme réglementaire, jupe noire courte sur culotte assortie et talons hauts, se dispersent dans l’assemblée avec mission d’être agréables. Parmi elles, deux journalistes clandestines du Financial Times, les yeux comme des caméras. Elles enregistrent le plan de table, notent les noms derrière les assiettes. Elles regardent les hommes, écoutent les femmes, payées 150 livres par une agence qui les a choisies «grandes, minces et jolies» pour égayer la soirée des bienfaiteurs. Car ainsi va la charité: sa gratuité morale n’est pas insensible à un push sexy. Les hôtesses y pourvoient. Une pour trois donateurs. Elles ont signé à la hâte une déclaration de confidentialité qu’elles n’ont pas lue parce que trop longue. Que risquent-elles dans une soirée chic de charité, avec des gens bien?

Il y a du champagne, du whisky et de la vodka sur les tables. Les mains de ces messieurs commencent à se balader sur les fesses et les cuisses de ces dames, surprises d’autant de rudesse de la part de si distinguées personnes. Un individu ouvre sa braguette, exhibant un pénis conquérant aux yeux d’une apprentie escorteuse désemparée. Une hôtesse est sommée par son voisin d’enlever sa culotte et de danser sur la table. Une autre est invitée à rejoindre un invité dans une chambre d’hôtel. Tout cela n’est pourtant pas dans le contrat!

2 millions de livres récoltées

Les donations se font par enchère. Combien pour un dîner avec Boris Johnson, le chef du Foreign Office? Pour un thé avec le gouverneur de la Banque d’Angleterre? Pour une chirurgie esthétique dans une clinique londonienne, vantée comme l’embellissement d’une épouse avec laquelle il faut bien vivre, etc. Au total, 2 millions de livres récoltées. Dont 400 000 venues d’un restaurateur célèbre, acquéreur du droit de mettre son nom sur une unité de soins intensifs d’un hôpital pour enfants.

Le Financial Times publie le reportage de ses journalistes. Le crime est découvert: le tripoteur était déguisé en philanthrope. La foule, bien entendu, s’indigne. Le Club du Président est dissous. Les dons sont rendus. La Banque d’Angleterre fait connaître sa surprise d’en avoir été. Theresa May se dit confuse. Un bon polar, c’est quand les harceleurs finissent harcelés.

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© Gabioud Simon (gam)