Une semaine que cela dure. Depuis le #GrandDébat de mardi dernier sur BFMTV et C-News, on ne parle que du candidat Philippe Poutou. Ils étaient pourtant 11 sur le plateau, mais c’est l’ouvrier d’extrême gauche, syndicaliste et représentant du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste) qui a tiré son épingle du jeu, ne mâchant pas ses mots – au risque parfois, d’en avaler quelques-uns – et taclant au passage François Fillon et Marine Le Pen.

Le grand oral télévisé n’était même pas terminé que déjà les réseaux sociaux s’enflammaient pour Poutou et sa punchline à l’adresse de la candidate du Front national: «Nous n’avons pas d’immunité ouvrière».

Très vite deux camps distincts se sont formés: les partisans – voire les amoureux – du candidat, et les opposants, parmi lesquels Luc Ferry, qui n’ont vu en lui qu’un «grossier» personnage en «Marcel», «mal rasé» et «débraillé». La nouvelle star de la toile n’a pas manqué de réagir aux attaques de ses détracteurs notamment auprès du journal le Parisien: «Suggérer que j’étais mal habillé, ça relève du mépris social.» Il n’en fallait pas plus pour réactiver la lutte des classes et rouvrir le débat autour de la déconnexion des élites médiatiques face aux classes les plus défavorisées.

Du côté des commentateurs patentés, on a pu lire dans le New York Times que le candidat «éclate la bulle de l’élite politique française», devenant au passage «une sorte de héros folklorique» qui dit tout haut ce que les Français pensent tout bas, soit que «la classe politique est, enfermée dans ses privilèges, est manifestement corrompue». Natacha Polony sur le site du Figaro est quant à elle moins admirative: «Ah, quelle merveille, ce maillot sans col ni cravate qui tout à coup ravit les médias conscients, ceux qui luttent contre le fascisme à coup de T-shirt à message.» Et plus loin, en évoquant les scuds de Poutou envers Le Pen et Fillon: «Il l’a fait en lâchant ce qu’il fallait de mots grossiers pour avoir l’air transgressif, et sur cet air du «tous pourris» qui scandalise les mêmes médias quand l’extrême droite l’entonne.»

Du côté des commentateurs lambda, la scission est semblable. Sur le site du Point, papounet04 écrit: «S’il décide de remettre à l’ordre du jour la vieille coutume communiste d’envoyer tous nos politiciens et nos brillants intellectuels travailler dans les champs je serais capable de voter pour lui.» Alors qu’A. lain Partial sur le Figaro ironise: «Je suggère que le prochain débat TV se tienne dans un vieux bistrot, autour d’une mousse ou d’un ballon de rouge. Par souci d’égalité, la production fournira les costumes: marcel, tongs et bermuda […]. Tutoiement de rigueur, phrases limitées à 3 mots maximum et interdiction de se donner du «monsieur» ou «madame».» Et sur le Parisien, un certain Fernand Pelloutier tranche: «Il me semble que c’était un débat politique pas un dîner chez Nadine de Rothschild.»
Ce n’est pas la première fois que Philippe Poutou fait bruisser la toile. Son annonce de ralliement à Emmanuel Macron le premier avril avait déjà offert à son nom une belle viralité, tout comme son annonce précédant le Grand Débat de BFMTV dans laquelle il traitait ses co-orateurs du soir de «voleurs» et «menteurs». Ambiance.

Le style irrévérencieux, aussi bien sur le fond que sur la forme, du représentant du NPA apporte à la campagne présidentielle une petite dose de divertissement bienvenue. Mais de là à faire basculer le scrutin… Crédité par les sondages d’à peine 1% des intentions de vote, Philippe Poutou semble très loin de ranger son Marcel dans les armoires de l’Elysée.

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