Reporter. Le métier reste, les embûches diffèrent. Longtemps, le principal défi consistait à pénétrer un pays fermé et le principal risque était d’y laisser sa peau. Désormais, la survie économique s’ajoute à la survivance physique. Une partie des journaux disparaît, une autre n’a plus les moyens de rétribuer décemment le travail des photojournalistes.

Face à la débâcle annoncée, la profession ne meurt pas; elle s’organise. La parade semble être la création d’agences, même si certains rechignent à utiliser ce mot aux airs d’une autre époque, celle où les reporters étaient envoyés pour de longues semaines sur le terrain, tous frais payés. La Suisse, formidable terreau pour la photographie, n’y échappe pas. Face aux quelques géants qui se partagent le marché, tels Keystone, Getty ou AP, des lilliputiens voient le jour.

Fin 2015, une poignée de Romands lançait Lundi13. Parmi eux, Niels Ackermann, dont les Lénine déboulonnés sont actuellement exposés aux Rencontres photographiques d’Arles. Le «photographe suisse de l’année 2016» viendra partager son parcours ce mardi soir avec les lecteurs du Temps.

Trois Suisses

Cette semaine, ce sont cinq anciens de l’excellente agence VU, embarquant avec eux une dizaine de confrères, qui fondent Maps. Symboliquement, l’annonce se fera depuis Perpignan, où se tient le festival Visa pour l’image, preuve chaque rentrée que la profession continue de produire des séries magnifiques et d’intéresser la relève.

International, le collectif accueille trois Suisses: Christian Lutz, Matthieu Gafsou et Dominic Nahr. Le profil des deux premiers, plus présents dans les galeries que dans les journaux, en dit long sur les contours de l’organisation. Pour Maps, la presse n’est plus le débouché prioritaire. Mi-agence, mi-fondation, la structure entend aider ses membres à mener des projets documentaires au long cours, à les publier et à les exposer.

Notre entretien avec Christian Lutz et Matthieu Gafsou: Maps, dernière arrivée dans la galaxie des agences photo

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Les missions photographiques, très en vogue depuis quelques années, sur le modèle de la Farm Security Administration américaine ou de la Datar française, sont une autre perspective. Les photographes se regroupent pour gagner en visibilité et en force de proposition.

Autre innovation, ceux de Maps s’entourent de graphistes, communicants et pourquoi pas écrivains ou plasticiens, afin d’élaborer des projets globaux et décloisonnés. Une manière intelligente de rappeler, à l’heure où tout le monde est photographe, que les professionnels ne se contentent pas d’appuyer sur un bouton: ils offrent un regard. L’enjeu, pour eux comme pour la presse, est de convaincre que cela a un coût.