Il y a trente ans, les groupes terroristes anti-capitalistes en Occident avaient un objectif: ils voulaient faire éclater la vraie nature - à leurs yeux - répressive de l'Etat. Les attentats allaient multiplier les polices, durcir le droit. Ils y étaient marginalement parvenus en créant, sous le plomb, le soupçon.

Ce qui se passe aujourd'hui dans le ciel et sur terre, globalement, a une ampleur autrement inquiétante. Le 11 septembre 2001 a révélé cette monstruosité possible: des avions de ligne utilisés comme bombes volantes pour tuer de manière indiscriminée. Ce qui a eu lieu une fois peut se reproduire, avec des variantes sinistres. Ou même sous la seule forme de la rumeur du pire, permanente, jamais matérialisée. Celui qui crie au loup trop souvent n'est bientôt plus écouté. Il peut même en venir à être soupçonné d'entretenir la peur pour d'autres motifs.

Et le rêve odieux des tueurs isolés des années 70 devient peu à peu notre cauchemar. L'Amérique au premier chef, qui après 2001 a ajouté la guerre à la guerre, développe pour se défendre une énorme bureaucratie de la sécurité. Ses polices sont innombrables et elles sont les mieux équipées. Ses frontières se ferment, de manière sélective: prise d'empreintes et de photos selon le faciès. Une spirale se crée: le Brésil, pour protester contre cette surveillance à l'entrée, impose maintenant les mêmes vexations aux Américains qui arrivent dans ses ports ou ses aéroports.

Il y a quelque chose d'implacable dans cet engrenage. L'inaction serait dénoncée, mais l'activisme sécuritaire devient vite insupportable. Les Etats-Unis, là aussi, feraient mieux de recourir davantage à la coopération qu'aux ukases et sommations unilatérales pour se défendre contre la menace diffuse. Dans la nuit, on se défend mieux en sentant le coude du voisin.

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