Il est l’UDC romand qu’on oublie parfois quand on évoque ce parti et son impossibilité à s’installer dans des postes gouvernementaux en terre francophone. Le Jurassien bernois Pierre Alain Schnegg dirige les affaires sociales du canton de Berne depuis que son élection en avril 2016 a fait basculer à droite la majorité de l’exécutif cantonal.

Il va vite et fait parler de lui. La réforme de l’aide sociale qu’il propose passionne. Dans son canton bien sûr, où les villes se coalisent contre elle. Mais la Suisse entière observe un projet sans précédent: Berne veut couper 10% dans le forfait de base de l’aide sociale et redistribuer la moitié de ces moyens au profit de réintégration sur le marché du travail.

L’aide sociale a connu ces dernières années une métamorphose. De recours provisoire ou dernier pour un nombre limité de cas sociaux, elle tourne à la garantie de minimum vital à long terme pour toujours plus de gens. Sa durée moyenne dépasse aujourd’hui 40 mois et les jeunes entre 18 et 25 ans sont ses plus nombreux bénéficiaires.

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Face à cette évolution, qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il a fallu du temps pour agir. Le fédéralisme n’aide guère en la matière. Ce pilier de la politique sociale étant de compétence cantonale, voire communale, il a été moins «tenu» que les assurances chômage ou invalidité.

Des ajustements restrictifs ont été certes été décidés pour les jeunes bénéficiaires, les familles nombreuses, les compléments de revenus. Le canton de Berne va nettement plus loin. La manière peut paraître brutale, les critères contestables. Mais l’effort mis sur l’intégration professionnelle est indispensable. Le cri d’alarme contre les coûts du système, qui deviennent insupportables, est partagé par tous les cantons. Sur le plan politique, la réforme bernoise a le mérite de la clarté.

Pierre Alain Schnegg est UDC, il n’agit pas pour autant dans le domaine de la provocation. Dans d’autres cantons romands, ses rares homologues ayant passé le cap de l’élection ont été rapidement confrontés à des problèmes personnels ou de crédibilité. Le Bernois s’est installé de manière traditionnelle dans un conseil exécutif où il a fait passer son projet. Dans le débat suisse sur l’aide sociale, il fait œuvre utile.

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