Editorial

Pierre Krähenbühl, le sauveur de l'UNRWA?

OPINION. Un rapport de l'ONU semble dédouaner le Suisse à la tête de l'agence de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens, après qu'il a subi un opprobre général

Pierre Krähenbühl est-il l’homme qui aura sauvé l’UNRWA? Le Suisse, qui dirigeait depuis 2014 l’agence de l’ONU chargée des réfugiés palestiniens, a fait face aux attaques les plus violentes et les plus viles que l’on puisse imaginer.

Après un coup de tête de Donald Trump, le budget de son organisation a été amputé de plus de 300 millions de dollars – un quart du total. En proie aux guerres, en Syrie et, sous une forme particulière, à Gaza (quelque 200 morts et 10 000 blessés lors de la «marche du retour»), Krähenbühl a tenu le cap, grappillé les millions où il le pouvait, tenu tête aux vents populistes, rappelé les principes, le droit, l’histoire.

Il a rencontré tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, pouvaient servir la cause qui lui était assignée. Il a défendu aussi bien des valeurs qu’un pragmatisme auquel la Suisse peut aisément adhérer: l’UNRWA est en effet, à maints égards, perfectible. Mais, en s’occupant de quelque 5 millions de personnes, elle sert d’épine dorsale au peuple palestinien. Elle évite, dans cette région en feu, un énorme chaos supplémentaire.

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L’UNRWA? C’était une solution transitoire, qui «fêtera» bientôt son 70e anniversaire. Pour Israël, l’organisation est un rappel constant et une menace: tant qu’existera la question des réfugiés palestiniens, ce pays ne pourra pas prétendre à une normalité qui ferait fi de l’histoire. Le sort des Palestiniens reste une question à régler, lui rappelle l’UNRWA. Ainsi l’exigent la justice, le droit international et ainsi continue de le réclamer une partie de ce qui tient lieu aujourd’hui de «communauté internationale».

Pour les Palestiniens, de leur côté, l’agence de l’ONU est autant un moyen de subsister au quotidien qu’une sorte d’espoir ultime: faites une croix sur le statut de réfugié (comme le veulent les Israéliens) et c’en est fini des rêves d’un Etat palestinien. L’UNRWA peut être aussi dysfonctionnelle qu’on le voudra. Elle n’en reste pas moins identitaire pour la Palestine.

Au centre de cet immense enjeu, un rapport administratif (dont les conclusions sont, semble-t-il, démenties en grande partie aujourd’hui) a mis en cause la gestion de cette agence de l’ONU par Pierre Krähenbühl. Des conclusions aussitôt instrumentalisées, exagérées, dénaturées par tous ceux qui, dans ce débat, appliquent leur vision purement idéologique et par tous ceux qui, même en Suisse, cherchent une «solution» au conflit israélo-palestinien qui n’a rien à voir avec le réel. «Notre Suisse» à l’ONU méritait mieux qu’un opprobre immédiat et injustifié. Et les Palestiniens méritent bien mieux qu’une mise hors jeu de l’histoire, comme le souhaitent aujourd’hui les responsables israéliens.

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