Pierre Maudet est un homme qui ne lâche rien. Son retour dans l’arène politique ne constitue donc pas une surprise. Mais sa candidature au Conseil d’Etat, doublée d’une liste au Grand Conseil, a de quoi donner des sueurs froides à ses concurrents. Son excellent score, lors de l’élection complémentaire il y a dix-huit mois, en témoigne.

A la suite de son acquittement en appel à Genève, l’attente d’une sentence définitive par le Tribunal fédéral sur l’avantage indu qu’il a accepté en se rendant à Abu Dhabi, voilà sept ans, ne change rien. Au sein de l’électorat, ceux qui ont toléré jusqu’ici ses mensonges continueront à lui faire confiance. Ceux que cela révulse ne verront pas dans un éventuel acquittement une preuve de probité, ni n’envisageront que lui soient de nouveau confiées des prérogatives régaliennes.

Sur l’échiquier, la donne est tout autre. A droite, l’émiettement des forces politiques est sans précédent. Cinq formations visent l’exécutif et le législatif, sans compter le volatil MCG, qui s’y ménage aussi une partie de son électorat. Ces partis doivent désormais composer avec la bête politique qu’est Pierre Maudet. Pour les plus fragiles, la menace d’une éviction du Grand Conseil devient encore plus tangible, la barre étant haute avec un quorum à atteindre de 7%.

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Un bref passage en revue des forces en présence s’impose. Bien que dépourvus de tête d’affiche, les vert’libéraux peuvent s’appuyer sur le vent qui les porte au niveau national. Le Centre se montre résolument offensif et déterminé. L’UDC modère son langage et élargit la panoplie de ses thèmes. Le MCG, qui a su surmonter ses divisions, affiche sa confiance. Quant au PLR, il demeure le premier parti du canton mais panse encore ses plaies à la suite de l’exclusion de son ex-prodige; son retour est indiscutablement une mauvaise nouvelle.

Se distinguer dans un tel contexte suppose d’apporter des solutions, de démontrer sa capacité à dégager des compromis, à s’extraire des dogmes. Cela nécessite aussi d’assumer la responsabilité première du Grand Conseil: doter le canton d’un budget. Majoritaires dans l’hémicycle, ces partis ne sauraient s’en exonérer une nouvelle fois au prétexte de fustiger les orientations d’un gouvernement comportant quatre élus de gauche.

Sans cela, la configuration du Conseil d’Etat pourrait bien rester identique durant la prochaine législature. Et, cette fois, ce ne serait pas seulement la faute de Pierre Maudet.


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