Charivari

Pierre Maudet, l’énigme psychologique

OPINION. De quoi le conseiller d’Etat genevois est-il fait, pour parvenir à résister aux innombrables appels à la démission? Est-ce toujours celui que l’on a élu qui est en fonction, s'interroge notre chroniqueuse

«Comment fait-il?» Chaque fois que l’on parle de l’affaire Maudet, la même question finit par arriver. D’abord, les interlocuteurs libèrent leur colère, leur tristesse ou leur sentiment de trahison. Ils dressent la liste de tout ce que le conseiller d’Etat en disgrâce a brisé avec ses mensonges et ses supposés petits arrangements entre amis, à commencer par la confiance dans le politique et sa propre réputation.

Le dossier du «Temps» sur l’affaire Maudet

Mais toujours, en fin de conversation, vient cette question teintée d’incompréhension: comment Pierre Maudet fait-il pour résister aux innombrables appels à la démission? Comment parvient-il à ignorer cette injonction alors qu’elle n’émane pas d’une foule anonyme qu’il pourrait mépriser, lui qui s’est construit avec les élites, mais de ses pairs, ses compagnons? Des personnes qu’il a estimées, écoutées et avec lesquelles il a travaillé sans relâche pendant des années. Comment ce prodige, qui a bâti sa carrière sur la lucidité et la raison, peut-il ne pas se plier à leur sanction?

Innocence ou déni?

Certains, ils sont rares, pensent que si le politicien tient aussi bien, c’est qu’il est sûr qu’au final la justice le blanchira. Hypothèse fragile puisque, chaque jour ou presque, le dossier du ministre s’alourdit de comportements accablants. D’autres, la majorité, penchent pour le déni, aveuglement inconscient qui permet au sujet d’éviter de se confronter à une partie ingrate de sa réalité. Hypothèse beaucoup plus solide dans la mesure où un individu atteint de ce trouble n’est pas maître de son choix. Ce n’est pas qu’il ne veut pas voir ce qui fâche, c’est qu’il ne peut pas le voir. Il y a blocage, verrou. Mécanisme de défense et de survie. On comprendrait mieux, du coup, l’obstination du magistrat genevois. Et, dans ce cas, un psychologue serait plus utile qu’un avocat.

Vaudou vaudois

Mais comme il faut rire aussi, car «le rire peut restaurer l’humain dans sa dignité», disait Le Temps récemment, j’aime beaucoup la théorie d’une amie allumée. Selon elle, Pierre Maudet a été envoûté, ensorcelé. A l’image des séries B de science-fiction, une force occulte aurait pris possession de son cerveau et dicterait le moindre de ses faits et gestes. Dès lors, si son corps est encore celui de Pierre Maudet, son esprit serait plutôt celui de Pierre Maudit… Et comme cette amie a beaucoup, beaucoup d’humour, elle parle de l’œuvre d’un vaudou vaudois!

C’est stupide? Peut-être. Mais rire ainsi sera toujours moins criminel que mépriser les personnes et les institutions qui vous ont porté aux plus hautes fonctions.


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