Pierre Maudet a été blanchi par la justice genevoise. L’instance cantonale de recours l’a pleinement acquitté pour son voyage de 2015 tous frais payés en famille au Grand Prix de F1 d’Abu Dhabi, pour lequel il avait été condamné en février 2021. Si l’acceptation de ce cadeau correspond bien à un «avantage indu» et que les circonstances de cette invitation font valdinguer les usages, la Chambre pénale d’appel et de révision de Genève considère que cette entorse ne mettait pas les principaux acteurs de cette affaire en position d’être redevables à la famille royale des Emirats arabes unis.

Ni lui, ni son bras droit de l’époque, pas plus que les deux hommes d’affaires à l’origine du périple qui a secoué la politique genevoise depuis son dévoilement par la presse en 2018 ne sont donc en situation d’être pénalement condamnables. Un recours du Ministère public au Tribunal fédéral reste possible.

Vérité judiciaire

Les prochaines élections cantonales auront lieu au printemps 2023. Si Pierre Maudet envisageait son retour dans la gestion des affaires publiques, ce jugement lui permettra-t-il de regagner la confiance des Genevois, qui ne l’ont pas réélu en mars 2021? Il l’autorisera à se présenter à eux en homme innocent. Ce n’est pas rien. Ceux pour lesquels la vérité judiciaire, cœur de notre démocratie libérale, vaut plus que tout se sentiront légitimés à lui donner leur voix. Beaucoup l’avaient déjà fait il y a bientôt un an. Mais une majorité avait élu Fabienne Fischer, malgré une expérience inexistante au niveau cantonal, un programme difficilement lisible, défendu avec maladresse en début de campagne.

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On verra alors si un statut judiciaire immaculé suffit à se faire élire. Ou si les électeurs accordent de l’importance à une probité qui fait désormais défaut à Pierre Maudet. L’enquête a permis de découvrir, derrière le surdoué de la politique, un homme prêt à tout pour préserver ses intérêts. Mentir et faire mentir devant la justice, les élus et les Genevois. Faire payer à d’autres les cotisations à son ex-parti mais dégrever ses impôts d’autant. Gérer son département au mépris de la santé de ses collaborateurs.

Le chaos genevois, depuis trois ans, n’est pas uniquement imputable à Pierre Maudet. Le Conseil d’Etat et son ex-parti ont connu des errements qui y ont participé. Au cours de son procès, Pierre Maudet a reconnu des erreurs politiques. Il aura mis beaucoup de temps à le faire. C’est sur la sincérité de ce mea culpa, tardif et vague, que l’homme sera jugé s’il devait se présenter une nouvelle fois devant les Genevois. Pas uniquement sur son statut judiciaire et son programme politique.

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