Genève en a déjà vu de toutes les couleurs, mais le scénario judiciaire qui se profile dépasse l’entendement. Un conseiller d’Etat qui comparaît devant un tribunal pour des infractions en lien avec sa casquette officielle – comme se faire payer des vacances en famille par le prince héritier des Emirats grâce au concours d’hommes d’affaires du cru – a tout du cauchemar institutionnel. Ce sera le ministre – et non pas le citoyen – qui va affronter un procès et mettre ainsi en péril la fonction. La situation est d’autant plus inconfortable que Pierre Maudet a choisi une stratégie de défense agressive et digne d’un margoulin.

Il y a eu les mensonges concertés en début d’enquête, la demande de récusation des procureurs, la critique des méthodes et de l’indépendance des magistrats du Ministère public. Pire. Pierre Maudet se dépeint aujourd’hui comme une «cible», suggérant qu’il y a des tireurs embusqués qui veulent sa peau. Pour mener sa contre-offensive, il instrumentalise à outrance la plainte pour abus d’autorité déposée par Simon Brandt, son compagnon de messages totalement déplacés, qui avait été fouillé, il est vrai, sans ménagement dans le cadre d’une autre affaire. Une manœuvre qui a tout de l’enfumage sur fond de théorie complotiste. Pour la résumer, le conseiller d’Etat veut se constituer partie plaignante (c’est loin d’être gagné) pour attaquer la police (dont il était le ministre il n’y a pas si longtemps) et à travers elle le procureur général, en assurant que tout ce monde a pourchassé et maltraité son fidèle lieutenant uniquement pour lui nuire. Il y a meilleure approche pour apaiser les esprits.