Editorial

Pierre Maudet, pour que vive le débat d’idées

La candidature de Pierre Maudet au Conseil fédéral témoigne de la solidité de son parcours politique. Elle a le grand avantage de lancer le débat d’idées dans la campagne. Mais la question de la représentativité du gouvernement reste centrale dans la démocratie suisse

Pascal Couchepin ne s’y était pas trompé. En nommant en 2005 le jeune Pierre Maudet président de la Commission fédérale de la jeunesse, en l’embarquant dans ses pérégrinations estivales destinées aux journalistes, l’ancien conseiller fédéral valaisan avait eu du flair. Pierre Maudet s’est révélé en homme politique accompli. Le Genevois a su développer sa propre pensée politique, s’écartant régulièrement de la ligne de son parti pour défendre une vision plus progressiste, sans toutefois devenir un frondeur isolé.

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Sans doute un peu avant les autres, il a saisi finalement les grands défis de ce début de XXIe siècle: l’accompagnement de l’ouverture, de la circulation des personnes et des biens, des flux migratoires. Il a compris l’impératif sécuritaire – au risque de se montrer autoritaire – et le besoin d’intégration sociale. Qu’ils l’adulent ou le détestent, ses pairs reconnaissent au capitaine Maudet sa capacité à apporter des réponses pragmatiques et courageuses aux problèmes contemporains, ce qui a fait de lui un acteur incontournable de la scène politique suisse à pas même 40 ans.

Et voilà désormais Pierre Maudet candidat au Conseil fédéral. En 2009, il y avait renoncé. Il estimait que ce n’était pas le bon moment. Il se disait aussi en porte-à-faux avec son parti sur plusieurs questions clés: la politique européenne, l’adhésion à l’OTAN, la politique de défense, etc.

Pierre Maudet est aujourd’hui encore davantage en porte-à-faux avec le PLR Suisse sur ces questions. Mais avec l’art de la communication et de l’agenda qui le caractérise – là encore, il a un avantage sur certain(e)s de ses concurrent(e)s – il tentera de déplacer le curseur de la course à la succession Burkhalter sur le terrain du contenu. Ce débat d’idées est nécessaire. La candidature de Pierre Maudet le vivifie.

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Si l’on peut imaginer que le Genevois accède un jour au Conseil fédéral, il ne saurait toutefois faire oublier la question de la représentativité du gouvernement, la place des femmes et celle des cultures et des langues nationales. Le candidat tentera le parallèle entre la métropole lémanique et la Suisse italienne. Mais même si elle est confrontée à des défis similaires, Genève n’a pas à ses frontières la puissante Lombardie et ses 10 millions d’habitants. Pierre Maudet ne représente pas l’«italianità».

Ce n’est pas anodin: dans le pays des équilibres, la Constitution fédérale ne donne aux parlementaires aucune autre consigne, quant à la composition du gouvernement, que de veiller à ce que les diverses régions et communautés linguistiques y soient équitablement représentées. Cela a un sens. La force de blocage qu’est devenu le Tessin ces dernières années, marginalisé depuis dix-huit ans du pouvoir fédéral, pèse aussi sur l’ensemble du pays.

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