Charivari

Piéton, es-tu là?

OPINION. Les badauds nouvelle manière seraient-ils des zombies? Présents en chair, mais absents en esprit? Notre chroniqueuse s’interroge sur ces passants-bulles qui, coupés de leur environnement, foncent dans les gens

Vous les pratiquez comme moi, à moins que vous ne soyez l’un d’eux. Des piétons présents physiquement, mais dont l’esprit est totalement absent. Façon zombies plongés dans un monde parallèle. C’est flippant, hein? Pas pour tout le monde. Quand j’en parle à mes garçons de 22 et 24 ans, ils ne voient pas le problème. Ils me disent de «chiller» et d’arrêter de vouloir me connecter «à tout prix à tout le monde, tout le temps». Normal, c’est aussi leur truc de tracer à pied ou de rouler à vélo, musique dans les oreilles, et d’être ainsi coupés de leur environnement.

Il y a pire, notez. Il y a les super-zombies qui regardent des séries tout en marchant et foncent dans les gens. A un feu rouge, j’ai questionné une adepte d’environ 20 ans qui, de bonne grâce, a interrompu son visionnement de Stranger Things pour me dire qu’elle «kiffait» tellement cette série qu’elle ne pouvait plus décoller, y compris dans la rue.

Sans aller jusqu’à cette extrémité tout de même très acrobatique, il y a la horde des téléphoneurs compulsifs qui parlent haut, mais pas à vous. Distinction qu’il est chaque fois difficile d’établir puisque la plupart d’entre eux pratiquent l’oreillette masquée. J’adore. J’adore jouer les anciens combattants. D’autant qu’il m’arrive aussi de faire partie de ces téléphoneurs ambulants. Mais sans oreillette, promis. Le côté Mission impossible, agent secret, ça, je ne peux quand même pas. J’annonce la couleur de mon coude levé, moi!

Le dernier septembre de la décennie

Lundi, un collègue poète nous a fait remarquer que nous vivions le dernier soleil de septembre de la deuxième décennie du XXIe siècle (vous avez suivi?). Cette observation totalement nostalgique m’a serré le cœur pour deux raisons. La première, c’est que, tout va si vite à partir de 50 ans, que les jours ressemblent à des minutes, les années à des heures. La seconde raison porte sur le côté zombie évoqué plus haut. Qui l’a seulement vu, apprécié, goûté, ce dernier soleil de septembre 2019 révolu à jamais? Qui s’est arrêté sur les pavés romands lundi après-midi pour s’emplir de cette douceur de fin d’été et, éventuellement – pure folie! – interpeller son voisin afin qu’il en fasse autant?

Je souffre, oui, de cette indifférence généralisée. J’hallucine face à ces piétons-bulles tellement déconnectés – ou connectés à un circuit fermé – qu’ils foncent dans les gens. Souvent j’ai envie de crier: «You ouh, il y a quelqu’un?» Ces citadins nouvelle manière ne sont pas méchants ou mal éduqués. Ils ne sont pas agressifs, ni révoltés. C’est pire. Ils sont abstraits.


Le précédent charivari: Face au sport torture, quelle posture?

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