Editorial

Le pilier faible de la retraite

Le système des retraites va être mis à rude épreuve. Les sources de financement du 2e pilier risquent de faire défaut, notamment à cause d’une croissance molle qui érode les rendements des placements

Que faire quand les sources de financement d’un système aussi central que celui de la retraite sont en train de faire défaut? C’est la question qui taraude les responsables du deuxième pilier depuis que le recul des rendements les contraint à réviser à la baisse les prestations promises à leurs affiliés. Cette question prend un tour particulièrement aigu si l’on considère que la phase actuelle des taux plancher est visiblement appelée à durer.

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Le système des retraites va être mis à l’épreuve d’une croissance molle de l’économie. Les promesses d’un retour de l’inflation, perceptibles dès cette année et augurées pour l’an prochain, risquent de se perdre dans ce que certains économistes de renom, et derrière eux le Fonds monétaire international, nomment la «stagnation séculaire». Par cette expression, les spécialistes envisagent une perspective terrifiante, celle que la croissance lente devienne la normalité pour de très nombreuses années.

Une telle perspective a un impact concret sur la Suisse et son système de retraite: elle érode les rendements des placements. Depuis quatre ans, les taux d’intérêt réels calculés par la Banque nationale suisse évoluent aux alentours de zéro. Il devient extrêmement difficile de réaliser un gain sur un investissement. Or, ces rendements sont l’un des principaux contributeurs aux caisses de retraite (avec les cotisations des employés et des employeurs). Leur contribution aux avoirs de retraite est même l’un des principaux arguments en faveur du système de prévoyance par capitalisation.

Une érosion massive des rendements provoquerait assurément un désintérêt croissant du public pour le système par capitalisation. Pour le coup, l’AVS, qui fonctionne par répartition, paraîtrait fort attirante. Elle a pourtant ses propres déséquilibres liés au vieillissement de la population et devrait être dans le rouge à partir du milieu de la prochaine décennie. Elle présente donc difficilement une alternative valable à un 2e pilier affaibli.

La solution à ce nœud gordien n’est donc pas compliquée. Il faudra accroître, encore, les prélèvements auprès des assurés et de leurs employeurs si l’on veut maintenir le niveau de revenu des futurs retraités. C’est la voie que la réforme de la prévoyance a choisie. Mais son modèle ne garantit la stabilité du système que pour les quinze à vingt prochaines années, selon l’option que les Chambres choisiront au final. Au-delà, c’est l’inconnu.

Les responsables de la prévoyance parient sur un retour à la normalité: une hausse des taux d’intérêt et des rendements des placements. Une telle reprise permettrait de constituer à nouveau des avoirs retraite plus élevés et donc de distribuer des rentes plus confortables, sans devoir présenter la facture aux assurés. Hélas, rien n’est moins sûr. Les cycles économiques à venir risquent d’être nettement plus déprimés que ceux du passé.

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