Mario Draghi ne conduit ni une Ferrari ni une Formule 1. Le président de la Banque centrale européenne, dont les déclarations jugées décevantes ont été accueillies par une forte baisse des bourses, doit tenir compte de multiples paramètres avant de donner le brusque coup de volant et d’enclencher la bonne vitesse pour démontrer aux marchés qu’il y a toujours un pilote à la tête de l’euro. C’est ce rallye, en forme de montagnes russes, qui se joue sous nos yeux.

La question, pour le gardien de l’euro, est en effet bien plus complexe qu’il n’y paraît, et que ses déclarations ont pu le laisser croire. Sans l’assurance que tous les pays de la zone euro joueront le jeu, sans le soutien ferme d’Angela Merkel et sans la garantie que les fonds de secours européens pourront assister sur le long terme les Etats en difficulté, l’intervention de la BCE sur le marché obligataire risquerait à nouveau de faire long feu. Or une accalmie ne suffit plus alors que l’Espagne et l’Italie, quatrième et troisième économies de la zone euro, sont sous pression. L’extincteur a, cette fois, l’obligation de triompher de l’incendie.

L’important, dès lors, n’est pas que les marchés soient déçus à court terme, mais qu’une stratégie finalisée soit bel et bien mise en place. Avec pour but de l’activer dès que les juges de la Cour constitutionnelle allemande se seront prononcés, le 12 septembre, sur l’entrée en vigueur du futur Mécanisme européen de stabilité.

Soit la BCE, conformément aux promesses pas encore exaucées de Mario Draghi, a bien en main un plan prêt à valider – y compris en plein mois d’août s’il le faut – par les chefs d’Etat ou de gouvernement si Rome et Madrid se retrouvent acculés. Soit les négociations de boutiquiers continuent pour le pire entre capitales, avec pour conséquences d’accroître la défiance entre les banques européennes et de doper à la rentrée les logiques nationales contre l’intérêt commun.

A Francfort, jeudi, le pilote de l’euro est apparu confiant au volant. Mais il n’a malheureusement pas dissipé les doutes sur un dérapage éventuel.