Opinions

Pingrerie nationale

En matière d'aides aux études, la situation de l'opulente Suisse a

En matière d'aides aux études, la situation de l'opulente Suisse a quelque chose d'indécent. Le soutien public, par des bourses ou des prêts, est l'un des plus modestes d'Europe. Les efforts consacrés par les collectivités décroissent alors que le nombre d'étudiants bondit. La diversité des 26 systèmes cantonaux confine à l'absurde. Certains cantons universitaires fixent des conditions pour favoriser leur propre académie, bafouant une mobilité tant encouragée. Et des cantons n'ayant pas de haute école, ceux-là même qui se régalent de contribuables aisés harponnés à coups de baisses fiscales, mégotent sur l'encouragement aux études.

Certes, les jeunes qui retrouveront les auditoires lundi ne sont pas des pauvres diables. Leur situation demeure enviable par rapport à bien d'autres nations. Mais le soutien pour les études offre un triste spectacle au moment où la Confédération augmente par ailleurs ses dépenses pour la formation supérieure. La Suisse se montre généreuse avec ses universités, hautes écoles spécialisées et EPF. Elle rechigne, en revanche, à aider les jeunes des milieux défavorisés à en franchir le seuil. Or, il ne suffit pas de roucouler en produisant des classements universitaires élogieux pour se proclamer nation de la connaissance. Il faut le partager, ce savoir.

Qui empoigne le problème? Le Secrétariat d'Etat à l'éducation et à la recherche demeure aux abonnés absents. Premiers concernés puisqu'ils font face à leurs étudiants tous les jours, les recteurs d'université, présidents d'EPF et de HES restent, sur le plan officiel, pleutrement en retrait pour ne pas afficher leurs divisions. Et les cantons, jusqu'ici, temporisaient.

Ils se réveillent enfin, voulant se donner quelques règles communes. On connaîtra bientôt leurs arbitrages sur un projet qui ne révolutionne rien, mais qui a déjà froissé certains Conseils d'Etat. Si le compromis est par trop insuffisant, il faudra en déduire que seule la Confédération peut aborder ce qui demeure une grave lacune du système de formation.

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