revue de presse

«Pink Star», le diamant qui donne des cauchemars à Sotheby’s

Le diamant de tous les records qui s’était vendu pour plus de 75 millions de francs à Genève en novembre n’a finalement jamais été payé, et la maison de ventes aux enchères a dû le racheter. Embarras

La photo du Daily Mail britannique est très claire: on y voit le Pink Star à côté d’un œil, qui observe sa pureté. Et le diamant est très gros. Plus gros que l’œil, nettement plus gros, même. Ovale, d’une taille de 2,69 sur 2,06 centimètres (oui); on comprend sans peine que la pierre de 59,60 carats montée sur une bague ait été le joyau de la vente de Sotheby’s en novembre à Genève, rappelle le journal. Le diamant, qui possède même sa page Wikipédia, s’était vendu en 5 minutes, il y a eu quatre acheteurs en tout, et Sothebys’avait fait jouer La Panthère rose dès que le marteau était retombé. Le Pink Star, c’est «le plus gros diamant rose du monde sans défaut, selon l’Institut gemmologique américain, précise le site grdiamonds, provenant d’une mine de De Beers en Afrique du Sud, et qui pesait 132,5 carats bruts.» «Un diamant rose gradé IIa – ce qui est rare pour un diamant rose, et deux fois plus gros qu’aucun autre diamant rose jamais mis aux enchères», note le site de l’Industrie israélienne du diamant. Seulement voilà: le diamant parfait est devenu un caillou bien dur dans la chaussure de Sotheby’s. Car la vente a été annulée, écrit JCK, le site spécialisé dans la gemmologie qui a un des premiers relevé le fiasco après la publication des résultats de Sotheby’s la semaine dernière: le diamant est réapparu dans les comptes de la grande maison.

Un diamant zéro défaut… sauf le défaut de paiement

«C’était son acheteur, un diamantaire réputé de New York, Isaac Wolf, 50 ans d’expérience, qui l’avait rebaptisé The Pink Star, explique Le Times. Mais il n’a pas réussi à rassembler l’argent». «Il a tout bien fait ce jour-là, il a donné son identité, expliqué pourquoi il voulait le diamant. Il a tout bien fait sauf une chose: il n’a jamais payé», raconte Forbes… «Le 28 février il s’est déclaré en défaut, complète la blogueuse Katie Holmes sur la plateforme The examiner.com, ce qui porte un sale coup non seulement à Sotheby’s, mais au monde de la joaillerie. Le prix du Pink Star avait battu le record absolu de toutes les pierres précieuses dans des enchères, et seuls deux tableaux de Bacon et de Warhol ont dépassé son montant.» «Cette nouvelle intervient peu après l’annonce d’une légère restructuration de la gouvernance de Sotheby’s, écrit encore la blogueuse. On ne sait pas pourquoi Wolf a fait défaut sur cet achat. Pour lui le prix était sain, puisque la plupart des diamants de 10 carats se vendent 2,5 millions de dollars le carat, il pensait que le Pink Star pourrait bien valoir 150 millions de dollars».

Diable, que d’argent… Pourquoi l’acheteur n’a-t-il pas pu passer à l’acte? L’histoire n’est pas complètement nouvelle pour certains spécialistes du secteur: «Ça recommence, selon Jewelers Circular Keystone on line. Le gros diamant rose n’est finalement pas vendu, deux ans après deux autres ventes aux enchères record l’une de Sotheby’s, l’autre de Christie’s, qui toutes les deux aussi, avaient dû être annulées».

Et maintenant?

Pourtant «les défauts de paiement sont rarissimes, compte tenu du volume de transactions opérées»: dans Le Matin, la responsable de la communication de Sotheby’s, Marie-Béatrice Morin, se veut rassurante. Le journal l’a interrogée sur le mystère de l’acheteur «qui n’avait pas les moyens». Le Matin pose aussi la question de la réintégration du Pink Star dans les comptes de Sotheby’s: «Le diamant avait fait l’objet d’un accord avant la vente qui garantissait que Sotheby’s se porterait acquéreur si le diamant ne devait pas être vendu», répond Marie-Béatrice Morin. Pas de commentaire en revanche sur une éventuelle remise dans le circuit des enchères, ni sur le maintien de l’option Wolf, qui pourrait chercher d’autres partenaires. Une option qui tiendrait la route: «Nous sommes actuellement en pourparlers avec l’acquéreur, tout en tenant compte d’autres alternatives, explique ainsi le président et chef de la direction de Sotheby’s Patrick McClymont, dans le Journal de Montréal. En attendant, nous sommes très à l’aise avec notre évaluation, et voyons une réelle valeur à posséder le diamant à ce prix.» La valeur du Pink Star est désormais évaluée à 72 millions dans les comptes actuels de Sotheby’s. Dont 12 millions de commission, selon CNBC. Pas mal, quand on se souvient qu’il était évalué à 61 millions il y a cinq mois…

Il reste que l’affaire tombe mal pour Sotheby’s, dont les comptes du dernier trimestre sont moins bons que prévu, «à cause notamment de frais d’exploitation plus élevés et d’une concurrence accrue sur le marché. La maison d’enchères a enregistré un bénéfice de 1,30 $ par action alors que les analystes anticipaient en moyenne un bénéfice de 1,40 $ par action», selon Thomson Reuters, cité par The Telegraph. Et Sotheby’s est en conflit avec le hedge fund du milliardaire Daniel de Loeb qui cherche à gagner des sièges au conseil d’administration, rappelle le Handelsblatt. Pas sûr que cette affaire de diamant fasse briller les yeux des actionnaires.

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