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Le premier ministre grec, Alexis Tsipras (ici en compagnie du président chinois, Xi Jinping), est l’un des principaux défenseurs de Pékin en Europe. Pékin, mai 2017.
© Pool

Nouvelles frontières

Les pions européens de Pékin

CHRONIQUE. La Chine devient un agent d’influence politique majeur en Europe. Face à cette stratégie, les Européens semblent bien naïfs et surtout désunis, soulignent deux récentes études sur le sujet

Rongées de l’intérieur par le populisme, l’Europe et ses valeurs sont aussi prises d’assaut de l’extérieur. Le projet poutinien de restauration de la puissance russe est tout autant une réfutation des «mœurs décadentes» européennes et de son régime politique. De même, l’islamisme radical n’aspire pas qu’à l’instauration d’un califat mais vise aussi à détruire le modèle démocratique, terreau du «vice» et négation de l’ordre divin. Si ces deux premiers fronts sont bien identifiés, il en est un troisième, moins visible mais pas moins redoutable, que les Européens ont jusqu’ici ignoré: l’influence politique grandissante de Pékin.

Deux récents rapports* d’instituts de recherche européens tirent la sonnette d’alarme: face à une Chine devenue dominatrice, l’Europe est engagée dans une relation «asymétrique», pour reprendre les termes du professeur François Godement, directeur du programme Chine et Asie à l’European Council on Foreign Relations (ECFR). Alors que Pékin, en phase de repli totalitaire, ferme ses portes aux étrangers, à leurs capitaux et à leurs idées, l’Europe reste grande ouverte aux influences externes. Face à la stratégie du Parti communiste chinois (PCC), les chercheurs du Global Public Policy Institute (GPPI) et du Mercator Institute for China Studies (MERICS) de Berlin pointent de leur côté la naïveté des Européens qui se laissent facilement acheter par Pékin, au risque d’un renoncement, celui de leurs propres valeurs.

Europe de l’Est sensible

Pour parvenir à ses fins, légitimer son système politique et promouvoir son modèle, Pékin vise tout à la fois les élites politiques et économiques, les médias et l’opinion publique, ainsi que les milieux académiques et la diaspora chinoise. Cette stratégie reposait dans un premier temps sur le pouvoir d’attraction économique de la Chine. Mais plus seulement: Pékin fait de plus en plus valoir la force de son système autoritaire en regard des difficultés rencontrées par les Etats démocratiques.

Face à une Chine devenue dominatrice, l’Europe est engagée dans une relation «asymétrique»

Ce discours rencontre un certain succès auprès de nombreux leaders politiques en Europe de l’Est (Hongrie, Slovaquie et Serbie en particulier) et du Sud (Grèce). Là-bas, les investissements chinois ont été monnayés contre l’intervention de ces pays pour stopper des initiatives de Bruxelles sur les droits de l’homme en Chine, par exemple, ou pour freiner toute velléité européenne de contrôler les achats chinois d’entreprises. Pékin joue des divisions européennes pour mieux imposer son agenda.

Monde académique visé

Autre exemple? Dans des systèmes universitaires mis sous pression pour s’autofinancer, Pékin multiplie habilement les partenariats académiques et les envois d’étudiants, autant de sources de revenus… et de contrôle. En apparence, c’est du gagnant-gagnant. Dans les faits, une censure s’installe peu à peu dans le monde de la recherche européenne. Evoquer des sujets qui fâchent (Tibet, Taïwan, droits de l’homme) peut compromettre un programme avec la Chine. Des spécialistes de la Chine critiques du pouvoir sont mis sous pression. Pékin utilise en effet les associations d’étudiants chinois pour faire appliquer le point de vue du parti dans leurs établissements d’accueil. Il en va de même avec la presse, que Pékin veut influencer en achetant des encarts publicitaires ou avec des programmes d’échanges de journalistes.

Bien d’autres manœuvres de Pékin sont mises en lumière par ces deux études. Toutes s’appliquent à la Suisse. Edifiant.

*China at the Gates: a new power-audit of Europe-China relationship», ECFR, Bruxelles, décembre 2017

*Authoritarian advance, responding to China’s growing political influence in Europe», GPPI and Merics, Berlin, février 2018

Lire également: Pékin à l’assaut des valeurs universelles

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